Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Blog du Crif - À l’heure de la Normalisation Israël-Maroc, pleins feux sur les Juifs du Maroc, par Jean-Pierre Allali

14 Décembre 2020 | 413 vue(s)
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Découvrez mon discours prononcé lors de la plénière de clôture de la 11ème Convention nationale du Crif, le 14 novembre 2021, en présence du Premier ministre Jean Castex.

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Illustration :  Dans les années cinquante, une famille juive marocaine à bord du « Moledet » de la compagnie Zim en partance pour Israël.

 

C’est un véritable miracle qui s’est accompli en ce premier jour de Hanoucca. En effet, on attendait l’Arabie saoudite et c’est le Maroc qui a surgi. Le 10 décembre 2020, le président américain, Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ont annoncé l’établissement de relations normales entre Israël et le Maroc, avec, notamment,  l’ouverture d’ambassades. Une occasion pour nous de revenir sur l’histoire millénaire du judaïsme marocain.

 

La présence juive au Maroc est particulièrement ancienne. À ce propos, il convient de faire la part des choses et de distinguer la légende de la preuve, notamment archéologique.

C'est ainsi qu'on racontait, dans les chaumières juives du Maroc, que la ville de Safi a été créée par Sem, l'un des fils de Noé. Les Juifs de Massa (1) considèrent qu'ils descendent de Jonas que la fameuse baleine aurait vomi à l'embouchure de l'Oued Noun.

Des voyageurs affirment avoir vu, non loin de Zagora (2) une pierre portant l'inscription : « Joab a poursuivi les Philistins jusqu'ici  ». On raconte aussi que les Juifs de la bourgade d'Asfalou (3) auraient envoyé une importante contribution financière au roi Salomon pour la reconstruction du Temple de Jérusalem.

Il est avéré qu'au 4ème siècle avant JC, des Juifs de Rabat pratiquaient le commerce de l'or avec les Phéniciens et tenaient des comptoirs.

C'est avec la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor en -586 que des Juifs de la terre d'Israël traversent la Cyrénaïque puis le Sahara pour s'installer dans l'Atlas marocain. C'est l'époque des caravaniers juifs qui, de port en port, vont négocier l'or, les épices et le sel. Les Juifs sont aussi agriculteurs.

Les témoignages archéologiques : lampes à huile décorées de la ménorah et inscriptions funéraires hébraïques datent eux, de l'occupation romaine au début de l'ère chrétienne.

Un phénomène intéressant est celui de l'onomastique. Encore aujourd'hui, des tribus marocaines portent des noms à consonance juive, témoins d'une forte propension, à l'époque, des Berbères à la conversion au judaïsme : Oulad Moussa (Fils de Moïse), Aït Ben Daoud (Descendants des fils de David) ou encore  Aït Yacoub (Descendants de Jacob).

Certains historiens affirment même que des royaumes juifs s'étaient constitués au 2ème siècle à Ifrane, à Zagora ou encore dans le Tafilalet.

Genséric et les Vandales vont mettre fin à l'occupation romaine en 430. Pendant plus d'un siècle, les Juifs du Maroc vont connaître la tranquillité. Un conquérant chassant l'autre, en ces temps, Byzance va remplacer les Vandales en 533. Les Juifs vont alors subir les persécutions de l'empereur Justinien. Nombre d'entre eux fuiront vers des horizons plus cléments.

Une nouvelle ère va s'ouvrir un peu plus tard pour les Juifs avec la conquête arabo-musulmane du pays. Au début du 7ème siècle, envoyé par le calife omeyade de Damas, Muawiya 1er avec pour mission de conquérir l'Afrique du Nord et d'y propager l'islam, le général Oqba Ibn Nafi Al Fihri déferle avec ses troupes sur le continent. Des tribus berbères judaïsées tenteront bien de s'opposer à cette véritable marée (c'est l'épisode légendaire de la résistance de la Kahéna), mais seront impuissantes face à des troupes qui n'hésiteront pas à y revenir à plusieurs reprises avec des effectifs de plus en plus nombreux.

L'islam installe avec lui le système discriminatoire et vexatoire de la dhimma qui fait des Juifs et des Chrétiens des citoyens de seconde zone. Son principe -on ne le sait pas toujours- est formellement inscrit dans le texte du Coran (4).

Dès lors, au cours des siècles, la vie des Juifs du Maroc, comme celle, d'ailleurs, des Juifs de l'ensemble du monde arabo-musulman, dépendra de l'humeur et des dispositions des souverains successifs. Des périodes plus libérales suivront des années de terreur. On parlera parfois « d'âge d'or ».

Au Maroc, la première dynastie chérifienne est celle des Idrissides (788-959). Jaloux des Juifs dont il considère qu'ils sont riches et puissants, Moulay Idriss 1er tente de les convertir par la force. C'est une époque difficile pour les Juifs du Maroc. Son successeur, Idriss II  fondera la ville de Fès en 808, une ville où se retrouveront, dans le Fondouk-el-Yéhoudi, des Juifs venus de tout le Maroc et même de Tunisie et d'Espagne. Malgré les inconvénients de la dhimma, les Juifs s'organisent. Un pogrome ensanglantera néanmoins la communauté en 1033.

De 1062 à 1147, c'est le règne des Almoravides, des fanatiques religieux. Marrakech, ville fondée par le premier sultan de cette dynastie, Youssef Ben Tachfin, est interdite aux Juifs. Des massacres de Juifs ont lieu dans plusieurs villes, dont Meknès.

Aux Almoravides succèdent les Almohades (1130-1269). La dhimma est appliquée avec rigueur. En 1165, Judah Hacohen Ibn Chouchan, dayan de Fès, est brûlé vif.

La situation des Juifs marocains va s'améliorer sous les Mérinides (1269-1465) considérés comme plus tolérants à leur égard. Le sultan Abou Youssef Yakoub choisira même, un Juif, Khalifa Ibn Roqassa comme vizir et intendant. Hélas, en 1302, ils seront l'un comme l'autre assassinés. Au cours des années qui suivront, nombre de Juifs seront nommés ambassadeurs, vizirs et chambellans, mais le scénario décrit plus haut se reproduit avec l'assassinat simultané du dernier sultan mérinide, Abdelhak et de son conseiller juif Haroun Ben Battach Al Wizir. À la même époque, un nouveau pogrome a lieu à Fès.

En 1438, les Juifs de Fès, déjà meurtris, sont accusés d'avoir profané la mosquée en mettant du vin dans les lampes à huiles du lieu de prières. Punition : ils sont astreints à être regroupés dans un quartier spécifique, le mellah (5). Beaucoup de Juifs, pour ne pas subir l'affront d'un regroupement dans un ghetto, choisissent de se convertir à l'islam. De ce temps date la croyance, fortement ancrée, que nombre de Fassis (6) musulmans d'aujourd'hui sont d'origine juive.

L'expulsion des Juifs d'Espagne puis du Portugal, à la fin du 15ème siècle, va conduire à une arrivée importante de nouveaux Juifs aux Maroc. On les appelle les Megorachim (Exilés) par rapport aux Tochabim (Autochtones). Les deux communautés vont, pendant des siècles, vivre côte-à-côte, sans vraiment s'imbriquer. Synagogues et cimetières seront longtemps séparés.

Sous les Ouatassides, au début du 16ème siècle, on continue de trouver des grands commis de l'État juifs. La période saadienne (1509-1659), si elle est favorable aux grandes familles juives, est meurtrière pour le petit peuple souvent forcé à la conversion. Sans oublier les épidémies de peste qui poussent à l'exil nombre de Juifs. Aux Saadiens succèdent les Alaouites. Malgré l'assassinat du gouverneur juif de Taza, Ibn Mechal, par le sultan Moulay Rachid, en 1664, la situation des Juifs s'améliore. La communauté, avec à sa tête un « naguid » et, pour les affaires de statut personnel, des dayanim, s'organise. Un « naguid », Joseph Maymaran, sera même nommé Premier ministre par le sultan Moulay Ismaïl. Mais, devenant trop important au gré du souverain, il sera assassiné au profit de...son propre frère, Abraham.

Peu à peu, au cours des siècles à venir,  l'Europe va pénétrer au Maroc. Cela commence par la prise de Gibraltar par les Anglais en 1704. Plus tard, en 1862, le réseau scolaire de l'A.I.U. (Alliance Israélite Universelle), ouvrira un premier établissement à Tétouan. En 1880, à l'initiative de l'Angleterre, la Conférence de Madrid adopte le principe des protections. Les protectorats français et espagnols sur le Maroc ne sont plus très loin.

Entre-temps, des événements importants vont marquer le judaïsme : le règne de Moulay Yazid (1790-1792) qui se distingue par une répression féroce des Juifs, dont certains sont pendus et d'autres brûlés vifs. Ce sont les « années noires du judaïsme marocain ».

En 1834, à Tanger, c'est le martyre de la jeune Solica Hatchuel. Soupçonnée à tort de s'être convertie à l'islam et d'avoir abjuré, elle est condamnée à mort et exécutée. Elle est restée dans la mémoire des Juifs du Maroc comme une « sainte », Lalla Solica (7).

Le mellah de Mogador est pillé par deux fois, en 1874 et en 1884 et, à la même époque, des émeutes, à Sefrou, font 54 victimes juives.

En 1912, la France prend pied au Maroc. Le traité de protectorat est signé à Fès. Le sultan Moulay Hafid abdique au profit de son frère Moulay Youssef. Hubert Liautey, futur maréchal, nommé résident général, transfère la capitale de Fès à Rabat.

Ce qui va être, pour les Juifs du Maroc, une nouvelle ère, dans le sillage de l'occidentalisation, commence très mal. Le mellah de Fès  est saccagé les 18 et 19 avril 1912 : de nombreuses maisons sont détruites et leurs habitants contraints de se réfugier dans ...les cages aux lions de la ménagerie royale.

Cependant, malgré quelques incidents épars, la période coloniale va s'avérer faste pour la communauté juive du Maroc qui se développe, notamment par la multiplication d'écoles dont celles, professionnelles, de l'O.R.T. (Organisation, Reconstruction, Travail), le développement des œuvres sociales, la création d'imprimeries hébraïques, la parution de périodiques et, malgré son interdiction, en 1924, par la résidence générale de France, l'essor du mouvement sioniste.

La Seconde Guerre mondiale va frapper de plein fouet une communauté qui se croyait à l'abri et dont la dynamique était remarquable. Le résident général Charles Noguès est amené à imposer un statut local des Juifs par le gouvernement de Vichy. Dans plusieurs professions, un numerus clausus est appliqué, les biens juifs recensés, les Juifs enfermés dans les mellahs. Si le sultan Mohamed Ben Youssef est compatissant avec ses citoyens juifs, il ne peut en rien s'opposer à la volonté de Vichy (8).

Il faudra attendre novembre 1942 et le débarquement américain à Casablanca pour voir les Juifs retrouver le sourire. Mais l'infâme statut ne sera aboli qu'en 1943.

Les années qui viennent vont, peu à peu, conduire à l'indépendance du pays. En 1953, le sultan Mohamed Ben Youssef est déposé par la France et déporté à Madagascar. Il est remplacé par Moulay Mohamed Ben Arafa. Le pays s'enflamme et, comme souvent, les Juifs font les frais de la fureur populaire. Au cours de violentes émeutes en 1954, des mellahs sont pillés, des écoles juives détruites. Pourtant les Juifs du pays n'hésiteront pas à s'associer à la liesse générale quand, en 1956, Mohamed V sera de retour et l'indépendance proclamée.

Pour montrer son attachement aux Juifs le roi nomme l'un d'entre eux, Léon Benzaquen, ministre des PTT et on ne compte pas le nombre de Juifs présents à des niveaux divers dans les ministères et l'administration. Cela n'empêchera pas, malgré l'interdiction d'émigrer proclamée le 13 mai 1956, des dizaines de milliers de Juifs de quitter le Maroc pour Israël, mais aussi pour la France, le Canada ou encore les États-Unis. La guerre du Sinaï, en 1956 puis la visite du président égyptien Nasser au Maroc, en 1961, vont aiguiser le nationalisme arabe au détriment des Juifs. L'émigration clandestine vers Israël se poursuit avec, parfois, des drames comme celui du « Pisces », un bateau chargé d'émigrants qui coule au large d'Al Hoceima. Bilan : 43 morts. À la suite de ce drame, l'émigration sera finalement autorisée.

Si l'on considère que près d’un million de Juifs d'origine marocaine sont, en 2020, disséminés à travers le monde, notamment en Israël, où ils sont quelque huit cent mille, en France , au Canada ou encore en Espagne et en Amérique Latine (9), on imagine sans peine qu'ils ont dû être très nombreux dans leur terre natale pendant des siècles.

Le recensement de 1953 comptait 300 000 Juifs au Maroc. En 1967, ils sont encore 65 000, mais en juillet, après la Guerre des Six Jours, ils ne sont plus que 40 000. En 1983, on en compte 15 000 et leur nombre chute à 10 000 en 1986 dont la majorité à Casablanca.

De nos jours, et bien que la constitution du Maroc, dans son article 3, ne fasse aucune distinction entre Musulmans et Juifs et établit la liberté de culte pour les religions monothéistes, il n'y a plus qu'environ 2 000 Juifs au Maroc.

Signe des temps : en octobre 2011 s'est tenu, pour la première fois dans le monde arabo-musulman un colloque sur la Shoah à l'université d'Ifrane au Maroc. En février 2013, avec la bénédiction du roi Mohamed VI, la synagogue El Fassyine de Fès a été restaurée. En mars de la même année, Joël Mergui, président  du Consistoire Central, originaire du Maroc, a accompagné le président François Hollande lors de son voyage officiel au Maroc et en mai le Musée Juif de Casablanca a rouvert ses portes.

Anecdote amusante : en janvier 2014, alors que la sécheresse menaçait le royaume, le roi Mohamed VI a demandé à ses sujets juifs de prier pour que vienne la pluie.

En novembre 2015 a été célébrée la fin du programme de réhabilitation des cimetières juifs commencé en 2010 et qui a concerné 167 sites dans 14 régions. 12 600 tombes ont ainsi été restaurées.

Enfin, en 2019, au nom du roi, le rav Yoshiahu Pinto, d’origine israélienne, a été nommé Grand rabbin du Maroc

La relation des Juifs du Maroc avec la Terre Sainte a toujours existé, notamment à travers les pérégrinations de rabbins voyageurs, mais c'est surtout pendant la période coloniale que le sionisme moderne s'y est développé. Dès la proclamation de l'État d'Israël, en 1948, des émeutes anti-juives ont éclaté au Maroc. À Oujda, on dénombre 43 tués et 155 blessés. La panique s'installe. L'Agence Juive installée dans le pays déploie alors une intense propagande qui conduit à une véritable alyah de masse. Par dizaines de milliers, les Juifs fuient le Maroc ancestral. Direction : Eretz Israël. Ils seront particulièrement déçus, dans un premier temps par l'accueil : après l'attente, souvent interminable à Marseille dans le camp du Grand Arenas, voici les « ma’abarot », villages de tentes inconfortables et la précarité. Et le mépris de l'establishment d'origine européenne. Un mouvement de protestation se créera en 1971, les « Panthères Noires ». Il faudra plusieurs décennies pour voir la situation des Juifs marocains d'Israël se normaliser.

 

Le nombre de rabbins marocains miraculeux considérés comme des santons et dont les tombes font l'objet de vénération et de pèlerinages, sont légion. Qu'on songe, parmi bien d'autres à Rabbi Ephraïm Encaoua de Tlemcen, à Rabbi Amram Ben Diouane, originaire d'Hébron et enterré à Asjen près de Ouezzane, à Rabbi Hanania Cohen, le « lion de Marrakech, à Rabbi Yaacoub Abihserra et son fils, Maklouf, Rabbi Amram Ben Diwan ou encore Rabbi Chlomo Bel Hench dit « Le fils du serpent ». Sans oublier le Grand rabbin du Sahara, Israël Abouhaceira dit « Baba Salé ».

On ne compte pas les personnalités issues du judaïsme marocain, au Maroc même, mais aussi en France, en Israël ou encore au Canada. On peut citer André Azoulay (Mogador), président fondateur de l'association « Identité et Dialogue » et conseiller du roi du Maroc, sa fille, Audrey Azoulay (Paris), ministre française de la Culture et de la Communication du gouvernement de Manuel Valls, David Lévy (Rabat) qui fut plusieurs fois ministre en Israël, le député israélien Uri Sebbag ( Marrakech), Raphy Efery, ministre israélien et vice-président de la Knesset, Serge Berdugo (Meknès), dirigeant de la communauté juive du Maroc et ministre du Tourisme de ce pays, Yehuda Lancry (Bejaâd), ambassadeur d'Israël en France, Joël Mergui ( Meknès), président du Consistoire Central, le rabbin Chalom Messas et son fils, David Messas, Grand rabbin de Paris, le rabbin Michel Serfaty (Marrakech, fondateur et président de l'Amitié Judéo-Musulmane de France, le professeur Armand Abécassis (Casablanca) le docteur Ariel Tolédano (Meknès) et ses confrères , Maury Amar (Casablanca) et David Rouach, André Dehry, (Meknès) président de la Fédération des Associations Séfarades de France, les frères Salomon et Victor Malka, journalistes (Casablanca), les historiens Haïm Zafrani ( Essaouira-Mogador) et Michel Abitbol (Casablanca).

Ou encore le peintre Maurice Arama (Meknès), le chanteur Samy El Maghribi (Safi) alias Amzallag, la chanteuse Sapho alias Danielle Ebguy ( Marrakech), Frida Boccara (Casablanca) qui remporta l'Eurovision de la Chanson en 1969, le comédien Gad Elmaleh ( Casablanca)  et les écrivains Jacques Éladan (Ouezzane), Sarah Leibovici (Tétouan), André Goldenberg (Marrakech), Robert Assaraf (Rabat), Jacob Oliel (El Jadida), Éliette Abécassis (Strasbourg), Ami Bouganim (Essaouira-Mogador), Gilles Zenou (Meknès), Erez Bitton (né en Algérie de parents marocains), Pol Serge Kakon (Essaouira-Mogador).

Sans oublier Abraham Serfaty, militant politique, opposant au roi du Maroc, longtemps emprisonné et considéré comme « le Mandela marocain ».

 

En 1991, Hassan II, roi du Maroc, fils de Mohamed V, qui avait reçu en  grande pompe Shimon Peres, alors Premier ministre d'Israël, à Ifrane en mai 1986, a prononcé un discours à New York appelant les Juifs originaires du Maroc à rentrer au bercail. Il n’a pas vraiment été entendu, mais c’est un fait : les Juifs du Maroc ne manquent pas une occasion de revisiter leur terre d’origine.

En 1996, un Israélien d’origine marocaine, Simon Skira, a fondé une association d’amitié Israël-Maroc.

Plus près de nous, en janvier 2017, le roi Mohamed VI a demandé que l’ancien quartier juif de Marrakech, devenu Essalam, soit rebaptisé El-Mellah. A la même époque, une délégation d’intellectuels marocains a visité Israël.

Enfin, en janvier 2020, le roi du Maroc a rendu visite à la synagogue Attia d’Essaouira.

Dans les années 1990, des pseudo-relations diplomatiques avaient été nouées entre l’État juif et le royaume chérifien sous forme de l’ouverture de « bureaux d’intérêts ». Ils ont été fermés en octobre 2000 à la suite du déclenchement de la seconde Intifada. Cependant, des contacts discrets entre les deux pays ont été maintenus au fil des ans.

 

La situation nouvelle créée par le « miracle » de Hanouka 2020, entraînera, sans aucun doute, un boom dans le tourisme entre les deux pays et, qui sait, un essor voire une renaissance de la communauté juive locale.

Chalom, Salam. Que d’émotions !

Au moment où j’achève la rédaction de cette étude, nous parvient la nouvelle de l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et le royaume de Bhoutan. Les miracles de Hanoucca continuent !

 

Notes :

1. Ville située à 50 kilomètres au sud d'Agadir.

2. Ville du sud du Maroc.

3. Dans la région de Tanger-Tétouan.

4. Sourate IX. L'Immunité 29 : « Combattez : ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite ; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie Religion. Combattez-les jusqu'à ce qu'ils payent directement le tribut après s'être humiliés. »

5. Du mot « melh », sel. Le mellah était en effet situé près d'une mine de sel.

6. Originaires de Fès.

7. Le peintre Alfred Dehodencq a immortalisé cette exécution dans son tableau « L'exécution de la Juive ».

8. Dans son ouvrage, « Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy » (Éditions Maisonneuve et Larose, 1983), l'historien israélien d'origine marocaine, Michel Abitbol, écrit : « Quant au sultan Muhammad V, la rumeur publique l'accrédita d'avoir volé au secours de ses sujets juifs en s'interposant entre eux et la Résidence. La réalité était quelque peu différente : tout comme les Beys de Tunis, le souverain marocain ne put rien faire d'autre que d'apposer son sceau en bas des dahirs et des arrêtés qui lui étaient soumis par la Résidence, mais, plus timide que Moncef Bey, il s'interdit toute prise de position et tout acte public qui eût pu être compris comme un désaveu de la politique de Vichy : le seul geste dont l'Histoire ait gardé le souvenir concerne l'accueil cordial que le roi réserva aux délégations de Juifs marocains qui, en mai et en juin 1942, étaient venues l'entretenir des graves conséquences de l'application au Royaume Sharifien du Statut des Juifs ». Et l'historien d'ajouter : « À notre connaissance, aucune mesure anti-juive ne fut supprimée ou retardée à la suite d'une intervention du sultan. ». On notera que pour l’heure le dossier d’attribution de la médaille des Justes à Mohammed V n’a pas abouti, mais rien n’interdit d’imaginer à l’avenir une évolution positive.

9. La chose est peu connue, mais on trouve aujourd'hui des Juifs marocains dans la plupart des villages de l'Amazonie.

 

 

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