Stéphanie Dassa

Directrice de projets

Blog du Crif - Notre-Dame de Nice : Et Dieu dit : "Qu'as tu fait ?" (Gn 4)

30 Octobre 2020 | 344 vue(s)
Catégorie(s) :
France

Martine Ouaknine est adjointe au Maire de Nice, déléguée au devoir de mémoire, à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, conseillère métropolitaine et départementale, présidente honoraire du Crif Sud-Est.

Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires !

 

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Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires ! 

Martine Ouaknine est adjointe au Maire de Nice, déléguée au devoir de mémoire, à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, conseillère métropolitaine et départementale, présidente honoraire du Crif Sud-Est.

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La semaine passée, lors d'une Conversation du Crif, une question a été posée au Père Christophe Le Sourt sur la réaction des catholiques face au terrorisme et reprenant l'exemple de l'assassinat atroce du Père Hamel.

Question légitime à laquelle l'homme d'église a répondu sans détour en citant le psaume 19 "Ensemble, debout, nous résistons". Ce qui signifie "Nous ne pouvons être autre chose que ce que nous sommes, nous catholiques, moi prêtre, je crois en la force de la prière et c'est ma seule arme".

C'est ainsi que nous avons bâti le dialogue entre Juifs et Chrétiens, en acceptant l'autre tel qu'il se définit, et non pas tel qu'on "aimerait" qu'il soit.

Hier matin, jeudi 29 octobre, vers 9h, à l'annonce qu'il "se passait quelque chose de grave vers la basilique de Nice" notre premier réflexe fut de contacter le Père Le Sourt.

Aujourd'hui, vendredi 30 octobre, nous connaissons les faits : un terroriste est entré dans la basilique à l'heure de la messe et a opéré son oeuvre démente de répandre la mort parmi ceux et celles qui s'ils sont à cette heure à la messe ne sont pas des croyants d'occasion mais bien de fervents catholiques qui débutent leur journée par cet exercice spirituel de rendre grâce à Dieu et de faire de chaque jour qui vient un jour meilleur. Et c'est dans ce moment d'intimité profonde que le terroriste, ce Cain post moderne, a égorgé, décapité, poignardé trois personnes. 

Le président du Crif Francis Kalifat a très tôt exprimé dans un tweet sa solidarité avec les Catholiques, appuyé par de nombreux messages de solidarité des délégations régionales du Crif.

De nombreuses autres déclarations de soutien émanant des Juifs de France ont suivi, notamment celle du Grand Rabbin Korsia qui n'a pas manqué d'emprunter un mot cher à la liturgie chrétienne, l'espérance en écrivant "C'est l'espérance qui a toujours fondé notre vision de la société, que ce soit grâce à nos textes religieux ou que ce soit par l'appel de la République."

Que disent ces manifestations qui vont au-delà de l'empathie ? Elles disent aux Catholiques que nous, Juifs, sommes malheureusement bien placés pour comprendre ce qui a frappé dans la Basilique de Nice. Ces messages leur disent que nous ne voulons pas qu'ils goûtent comme nous la saveur amère de la solitude. Souvenons-nous de celle qui nous a meurtri lorsque les premiers attentats ont touché le sol français et que la communauté nationale aveuglée n'a pas pris le sens de ce qui se tramait.

Cela, Jacqueline Cuche, la présidente de l'Amitié Judéo-chrétienne de France, n'a pas omis de le rappeler dans son communiqué où elle "remercie la communauté juive de France, elle même si souvent éprouvée". L'Eglise, elle, l'a répété à l'envi à chaque acte ou attentat antisémite : l'antisémitisme et la haine des Juifs ne sont pas compatibles avec la foi Chrétienne et sont une atteinte à Celui vers qui nous remettons notre être intime. Cette proximité est une des expressions de la Fraternité, qu'elle soit biblique ou républicaine ne change rien au sens du mot, ni à sa face sombre.  Face sombre car il y a de fausses fraternités, des fraternités d'opportunisme, des fraternités de détestation, des fraternités narcissiques, des fraternités pour plaire.

De ces fraternités-là, nous n'avons pas besoin. Celles et ceux qui sont engagés pour le dialogue savent très bien qu'il ne s'agit pas de se lover dans des termes enchanteurs et lyriques. Le dialogue ce n'est pas cette mauvaise littérature, c'est un chemin difficile, ce sont des rencontres insolites, et c'est surtout la confrontation volontaire à un univers fait d'autres constructions spirituelles et intellectuelles voire sensitives. C'est ce travail complexe qu'il faut mettre en exergue, ces longues années d'apprentissage qu'il faut vanter et qui sont le socle de tout.

Parce que nous avons appris à nous connaître, parce que nous avons appris à nous respecter sans condescendance, parce que nous avons mis en perspective nos différences théologiques parfois irréductibles, nous sommes en mesure aujourd'hui d'écrire comme me l'écrivait hier soir Frère Louis Marie, supérieur du monastère d'Abu Gosh près de Jérusalem : "C'est ensemble et par la force de notre rencontre que nous pouvons et devons vaincre cette barbarie"

Ceux qui veulent nous détruire doivent savoir que notre relation ne fait que se renforcer à chaque attaque et dans cette relation il n'y a qu'une valeur suprême : l'amour de la vie, ici et maintenant.

 

Stéphanie Dassa, Directrice de projets au Crif, en charge des activités de la commission du Crif des relations avec les Chrétiens, membre du Comité directeur de l'Amitié judéo-chrétienne de France

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