Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - Le village des Justes : Le Chambon-sur-Lignon de 1939 à nos jours, par Emmanuel Deun

02 Octobre 2019 | 108 vue(s)
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Le village des Justes : Le Chambon-sur-Lignon de 1939 à nos jours, par Emmanuel Deun (*)

C’est une étude véritablement exhaustive sur le sujet que nous propose Emmanuel Deun. Il sera difficile, après son extraordinaire recherche, de découvrir quelque chose de plus sur le fameux « village sauveur ».

Bien que de nombreux historiens et chercheurs se soient, au fil des ans, penchés sur la question, l’auteur, véritablement passionné, s’est lancé à son tour et nous offre cette histoire d’un village extraordinaire de Haute-Loire pendant la Seconde Guerre mondiale qui « donne le frisson tant elle est belle ».

Ce qui a fait que le Chambon fut, aux heures sombres de la Shoah et de l’occupation allemande de la France, une terre d’exil et de refuge presque à l’abri des incursions allemandes, c’est d’abord son isolement. Deux heures de route, de nos jours, depuis Saint-Étienne. C’est ensuite le fait que la population locale est, pour l’essentiel, protestante, parfois darbyste et que l’on connaît la place importante que fait cette religion à l’accueil de l’autre, notamment au Juif, considéré comme un frère en écritures.

Les personnages qui apparaissent tout au long de ce beau récit sont innombrables. Fort heureusement, une liste est proposée en annexe qui permet de s’y retrouver. Mais comment ne pas citer le pasteur André Trocmé, architecte du refuge du Chambon et son épouse Magda, son collègue Édouard Theis, directeur du Collège Cévenol et son épouse Mildred. Ou encore Madeleine Barot, dirigeante de la Cimade.

Au fil des pages, on découvre ces maisons d’enfants qui ont été pour de nombreux jeunes des havres de paix et de bonheur en des temps particulièrement troubles : L’Abric ( Secours Suisse), Le Coteau fleuri (Cimade), Faïdoli (Secours Suisse), Les Grillons (M.I.R . ), La Guespy (Secours Suisse), Les Roches (Fonds européen de secours aux étudiants) ou encore Tante Soly (Émile et Solange Sèches).

Terre d’accueil, Le Chambon sera aussi une terre de Résistance, ce qui entraînera une forme de conflit entre ceux qui prônaient le pacifisme et ceux qui n’entrevoyaient de solution que par le biais des armes. Tandis que l’on s’efforce de faire passer en Suisse des enfants juifs en danger, des brigades de combat se constituent. Parmi leurs dirigeants : le docteur Le Forestier, sage-femme à l’occasion, Pierre Brès alias Naho  et Émile Sèches

On découvre des personnages étonnants, tels Oscar Rosowsky, fils d’une famille très aisée, qui deviendra un faussaire de génie, fabricant par milliers des papiers qui permettront le sauvetage de réfugiés juifs en détresse.

Parmi les drames que connaître Le Chambon, l’arrestation et la déportation de Daniel Trocmé qui s’éteindra à Maïdanek le 2 avril 1944 et l’arrestation, le 4 août 1944, du docteur Roger Le Forestier qui sera emprisonné au fort Montluc à Lyon et assassiné sur ordre de Klaus Barbie. En mai 1945, Madeleine Dreyfus, directrice de l’O.S.E., Œuvre de Secours aux enfants et animatrice du réseau Garel de secours aux enfants juifs est libérée du camp de Bergen-Belsen.

L’École nouvelle cévenole s’enrichit d’un nouveau professeur de philosophie : Paul Ricoeur.

Le 3 septembre 1945, la Première D.B. de De Lattre de Tassigny libère Le Chambon.

« La guerre finie, il semble que Le Chambon retombe dans la torpeur d‘avant-guerre ». Oui et non, car voici que l’établissement accueille des élèves hongrois,  tibétains, chiliens, laotiens et croates. Autres temps, autre histoire. « En 2015, alors que les bâtiments du Collège, à l’abandon se fissurent et disparaissent derrière la végétation redevenue sauvage, un couple d’artistes chinois, Fan Zhe et Fan Ley Siyin, se portent acquéreurs des lieux ».

L’auteur, avec courage, ne fait pas l’impasse sur ce qu’il appelle les « fissures mémorielles » et sur certaines polémiques et controverses relatives, notamment au « marché noir »

Les derniers témoins se font rares. Mais les écrits et les témoignages restent. Merci à Emmanuel Deun pour son livre sauveur.

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Imago. 2018. 232 pages. 20 €.

 

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