Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - Les noyaux d'Abricot, Tunis 1940-1960, par Paul Fitoussi

16 Décembre 2019 | 144 vue(s)
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Les noyaux d'Abricot, Tunis 1940-1960, par Paul Fitoussi (*)

 

Ancien cadre de la société IBM, natif de Tunis, l’auteur se penche sur son passé, sur son enfance au pays du jasmin.

« Tunis, c’est le miroir éclaté de ce que furent mes vingt premières années. Tout est là. Planté quelque part dans un coin reculé de mon cerveau. »

Dans ce trop-plein de souvenirs, comme se plaît à le dire l’auteur, on distingue entre les éléments typiques de la vie des jeunes Juifs en Tunisie avant l’indépendance et les événements propres à toute enfance que l’on retrouve dans la plupart des pays. Les premiers  émois amoureux, le premier flirt, les relations avec le voisinage, le service militaire, les animaux domestiques, les séances de cinéma ou la lecture de bandes dessinées, font partie de cette seconde catégorie.

Ce qui intéressera le plus le lecteur, c’est la relation en rapport avec le titre. Car, pour un Juif tunisien, les jeux de l’enfance auront été marqués à jamais par les noyaux d’abricot. Ces rogatons auront été la base des moments ludiques de toute une génération. Collectionnés, amassés dans des sacs, ils permettaient de participer à toute une foule de jeux : le long, la boutique (« À la boutique toujours on gagne, jamais on perd ! » ou encore la castelle. Les joueurs prenaient soin de se munir d’un noyau farci de plomb, la « manique » pour entamer une partie. Cela n’empêchait pas de jouer aussi aux billes avec de belles agates ou des boules de terre cuite, destinées à rejoindre un trou qu’on appelait, allez savoir pourquoi, le « bis ». Tout un vocabulaire ludique avait été forgé à l’occasion : « Kiks, Carozzelle au bis, Matarozze… ». À Tunis, les jeunes jouaient aussi à « Chi-Fou-Mi », à savoir « Feuille-Caillou-Ciseaux »

En Tunisie, dans les années quarante, l’une des passions enfantines était l’élevage des vers à soie et chacun devait se débrouiller pour se procurer les précieuses feuilles de mûrier, nourriture obligée des animalcules placés dans des boîtes en carton dans l’attente de la confection des cocons.

Sans oublier les trottinettes aux roulements à bille.

Comme on le sait, la Tunisie a été occupée pendant six mois en 1942-1943, par les Allemands. Paul Fitoussi ne manque pas de nous raconter les alertes, les angoisses et les moments passés dans les tranchées creusées dans les allées du cimetière juif.

On ne saurait parler de Tunis sans évoquer les plages : La Goulette, La Marsa, Kherredine. L’été venu, les familles juives procédaient à une véritable transplantation. On entassait sur une charrette à cheval appelée « arabat » (mais d’où vient donc ce nom se demande Paul Fitoussi !), tout le matériel nécessaire à un séjour estival et c’était parti pour le bronzage et le farniente.

Dans ce récit sympathique, on retrouve la Tunisie d’une époque hélas révolue où Arabes, Juifs, Italiens, Maltais et Français vivaient en symbiose. Il était une fois Tunis, un royaume des abricots et des « glibètes », graines de tournesol ou de courge, Tunis des délicieux « Frigolos » bien glacés au parfum inimitable, Tunis, au temps où le chauffage central n’existait pas et où l’on utilisait un brasero local, le « kanoun » pour se chauffer comme pour cuisiner. Un passé révolu, donc, car « Cheï meï doum », rien ne dure.

Plusieurs illustrations agrémentent ce livre de souvenirs et de mémoire

Très sympathique.

Jean-Pierre Allali

 

(*)  Autoédition. 2019. 110 pages.

 

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