Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean Pierre Allali : Premières neiges sur Pondichery Par Hubert Haddad

09 Mars 2017 | 15 vue(s)
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Le judaïsme indien est assez méconnu en France. Pourtant, il est d'une implantation millénaire. Il y avait environ 35 000 Juifs aux Indes lors de la création de l'État d'Israël

Ils ne sont plus de nos jours que 4 000 dont 80% vivent à Bombay. On en trouve également à Calcutta, à Cochin et à New Delhi.  La renaissance, en 1948, d'un État juif a entraîné l'alyah d'un nombre conséquent de Juifs indiens.

Si la plupart des Juifs indiens sont employés dans le secteur tertiaire : fonctionnaires, employés des chemins de fer, cadres municipaux, ou s'ils sont encore agriculteurs et commerçants, les réussites individuelles ont été nombreuses au cours des ans. Ainsi, le général Jacobs qui commanda l'armée indienne dans la guerre contre le Pakistan, était juif. Tout comme le commandant de la marine indienne dans les années soixante-dix. Sans oublier le grand poète indien Nissim Ézékiel, son frère, l'économiste Hannan Ézékiel qui dirigea l'Economic Times, l'écrivain Bunny Ruben ou le zoologiste David Reuben. En 1884, deux Juifs, Elia Shalomé Subbay et Elia Ezra, siègèrent à l'assemblée législative du Bengale et, en 1926, le shérif de Calcutta s'appelait Sir David Ezra.

On considère généralement que la communauté juive indienne est composée de trois entités distinctes, elles-même découpées en subdivisions plus ou moins nettes. Ce sont les Bnéi Israël, les Juifs de Cochin et les « Irakiens ».

À ces trois grands groupes, il convient d'ajouter les Juifs « chinois » de l'Assam et les néo-Juifs mongoloïdes du Mizoram et de sa capitale, Aizawl, appelés aussi « Mizos » ou « Kukies » qui se considèrent comme descendant de la tribu de Ménaché, à l'instar des Juifs de Burma, de l'État de Manipur et de celui de Nagaland et qui sont apparentés aux Karens de Birmanie.

Les Bnéi Israël, que l'on surnomme « Shanwar Teli », c'est-à-dire « Les Presseurs d'huile du samedi », prétendent que leurs ancêtres, de la tribu de Reuben, ont quitté la Galilée lors des persécutions d'Antiochus Épiphane ( 175 à 163 avant JC). Leur embarcation ayant fait naufrage dans l'Océan Indien, seuls sept hommes et sept femmes survécurent et se retrouvèrent sur la côte de Konkan, au sud de Bombay. Tout en observant, peu ou prou, le judaïsme, ils s'intégrèrent à la société hindouiste dont ils adoptèrent la langue, le marathi. Les Bnéi Israël sont répartis en « Blancs », les « Goras », et en « Noirs », les « Kalas » entre lesquels, la séparation, sur le modèle indien des castes, est très stricte.

Les Juifs de Cochin disent aussi venir de la Terre sainte qu'ils auraient quittée au premier siècle après la destruction du second Temple de Jérusalem. Ils auraient, eux, débarqué sur la côte de Malabar.

Dans la synagogue de Paradesi (Pardesi veut dire « L' Étrangère »), ils conservent précieusement deux plaquettes de cuivre rédigées en langue tamile en l'an 1020 et sur lesquelles le radjah Bhaskira Kavivarman, leur accorde des terres et des privilèges comme celui de monter des éléphants.

Les Juifs de Cochin se divisent en trois groupes fortement endogènes : les Juifs blancs, les Juifs noirs et les Meshuarim, descendants de Juifs blancs mariés à des esclaves indigènes converties au judaïsme.

Les Juifs venus d'Irak, de Syrie, d'Afghanistan et d'Aden, désignés sous le terme générique de « Bagdadis » ou « Irakis » vinrent en Inde au 18ème siècle, dans le sillage du grand homme d'affaires, David Sassoon, surnommé « le Rothshild de l'Orient ». Ils se distinguent par une peau beaucoup plus claire que celle de leurs coreligionnaires. Longtemps les trois sous-ensembles ont vécu sans aucun contact les uns avec les autres.

Synagogues, mikvés, centres communautaires, organisations juives de tous ordres continuent de fonctionner en Inde. Mais la démographie est éloquente et bien qu'on assiste au retour au pays natal de certains Juifs qui se disent déçus par Israël, la population juive s'amenuise. Si certains signes sont encourageants comme, par exemple, le premier mariage juif depuis cinquante ans a été célébré à New Delhi en novembre 2012, à l'opposé, le cimetière juif de Panvel, à vingt kilomètres de Bombay, est à l'abandon et livré aux squatters et la synagogue Paradesi de Cochin  est devenue un entrepôt pour fruits de mer.

C'est cette histoire ausi étonnante qu'originale qu'Hubert Haddad a choisi comme toile de fond de son nouveau roman.

Natif de Lodz, en Pologne, le héros, Hochéa Meintzel, est un violoniste israélien de réputation internationale, dont la famille a été décimée par la Shoah et qui vit à Jérusalem. Victime d'un attentat terroriste, il décide de tout quitter: Son pays, ses amis et, surtout, sa fille adoptive, Samra, une jeune palestinienne. Il choisit l'Inde, le bout du monde en somme. Au fil des pages, on découvre ce pays étonnant très prisé par la jeunesse israélienne qui s'y retrouve souvent après les années de service militaire. On découvre également des personnages étonnants: Mutuswami, l'interprète, une jaïna émancipée, Azraq, le chauffeur, l'étudiant Nandi-Nandi, Chamindû, l'homme à tout  faire de la synagogue de Kochi, Anandham, le Tamoul massif, Madame Hafez,"la Persane", propriétaire d'un ranch très côté, Boris, le poète et astrophysicien allemand, Mâ Prâmilâ, propriétaire de la pension du Rivage et son fidèle Babou, garçon de chambre, Dätan, ancien maître des forges et bien d'autres encore.

Un soir, alors qu'il visite la synagogue où ne se trouvent que neuf hommes, Hochéa Mintzel est prié de "faire" le dixième du quorum nécessaire pour la récitation des grandes prières. Avançant le fait qu'il n'est ni pratiquant, ni croyant, le violoniste pense être dispensé de ce qu'il considère comme un pensum, mais quand on lui explique que sa seule présence suffit, le  violoniste se plie aux demandes des prieurs. Au dehors, c'est l'orage. Pire, la tornade, le cyclone. Le courant est coupé. Les dix Juifs se retrouvent prisonniers de leur lieu de culte. Un signe du destin? Hochéa reviendra-t-il à Jérusalem. Est-il tombé amoureux de la jolie Mutuswami?

Chennai, Pondichéry, Kochi, Cranganore, Kerala...Une écriture magique. Un dépaysement assuré. Mangalam Shubam! Chalom Alekhem! Soyez les bienvenus en Inde!

 

 

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Zulma, 2017. 194 pages. 17,50 €.

 

 

 

 

 

 

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