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Publié le 12 Novembre 2021

Actu - Le meurtrier de Mireille Knoll condamné à perpétuité pour un crime antisémite

L’homme de 32 ans a été reconnu coupable du meurtre "sauvage" de Mireille Knoll, le 23 mars 2018, à Paris, "en raison de son appartenance à la religion juive". La cour d'assises a ainsi retenu le "caractère antisémite" de ce crime. Justice a été rendue. Le Crif a une pensée pour toutes les victimes de l'antisémitisme.

 

Publié le 10 novembre dans Le Monde

Il a fallu près de dix heures avant que le jury de la cour d’assises de Paris ne rende son verdict, mercredi 10 novembre, aux alentours de 20 heures. Yacine Mihoub a été reconnu coupable du meurtre de Mireille Knoll, commis le 23 mars 2018 à Paris, avec « les circonstances aggravantes qu’il savait que la victime était vulnérable et en raison de son appartenance à la religion juive ». Yacine Mihoub, 32 ans, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. La cour a suivi les réquisitions du ministère public.

Son coaccusé, Alex Carrimbacus, a été acquitté du meurtre mais il a été reconnu coupable de « vol aggravé », notamment « en raison de l’appartenance de la victime à la religion juive ». Il est condamné à quinze années de réclusion criminelle. C’est moins que la demande formulée la veille par l’avocat général, qui avait requis dix-huit ans de réclusion criminelle à son encontre.

Zoulikha Khellaf, la mère de Yacine Mihoub, reconnue coupable de « destruction de preuves », est condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis. Elle n’est pas incarcérée. Elle devra porter un bracelet électronique.

A l’issue des deux semaines et demie de ce procès, rien n’a émergé des débats qui permette de fournir une preuve tangible, matérielle ou orale (des aveux), capable de désigner sans l’ombre d’un doute l’auteur des onze coups de couteau portés contre l’octogénaire handicapée et atteinte de la maladie de Parkinson. Qui a fait quoi ? Et selon quel scénario précis ? La vérité judiciaire et le jugement rendu au bout de cette audience ne le disent pas. Le huis clos de l’après-midi du 23 mars 2018 dans lequel le drame s’est noué chez Mme Knoll, au deuxième étage du 30, avenue Philippe-Auguste à Paris – entre 16 heures et 17 h 30 environ –, restera un lourd secret que seuls partagent Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus.

Intime conviction de la culpabilité de Yacine Mihoub

Aussi, en l’absence de certitudes imparables, les jurés ont choisi de suivre la piste « sinueuse et complexe » que l’avocat général Jean-Christophe Muller leur avait ouverte la veille. Un seul auteur : Yacine Mihoub, sur les épaules duquel repose la responsabilité de ce « meurtre particulièrement sauvage ». Dans le fatras des doutes et des mensonges qui ont présidé à l’instruction de ce dossier comme aux débats de la cour d’assises, ils se sont frayé un chemin, se forgeant ainsi l’intime conviction de la culpabilité de Yacine Mihoub.

Ils ont écarté les arguments avancés la veille par son avocat, Me Charles Consigny, qui avait plaidé l’innocence de son client concernant le meurtre. « On n’a aucune preuve. Je pense que ce n’est pas Mihoub qui a tué, mais son coaccusé Carrimbacus », avait-il affirmé. Et de souligner la fragilité mentale de ce dernier qui, à 21 ans, avait effectué 25 séjours en hôpital psychiatrique et déjà été maintes fois mis en cause dans des affaires de violence.

Ce dossier et son dénouement judiciaire constituent une sorte de jurisprudence dans la manière dont la justice se saisit des affaires visées par les lois contre l’antisémitisme. Un an après le meurtre de Sarah Halimi, une personne âgée de confession juive tuée le 4 avril 2017 dans le 11e arrondissement de la capitale, le meurtre de Mireille Knoll avait suscité une vive émotion. Le 28 mars 2018, trois jours après les faits, une marche blanche avait rassemblé près de 20 000 personnes à Paris, parmi lesquels de nombreuses personnalités et responsables politiques, mobilisés contre « l’antisémitisme ». Le président de la République, Emmanuel Macron avait exprimé publiquement son émotion pour Mme Knoll, « assassinée parce qu’elle était juive ».

Crime simplement crapuleux ou crime antisémite ? Cette question a alimenté les débats de la cour d’assises de Paris, entre le 26 octobre et le 9 novembre. Laquelle s’est interrogée sur « la circonstance aggravante [des faits] en raison de l’appartenance à une religion », juive en l’occurrence. A l’issue de ces débats, le jury a retenu que les propos de Yacine Mihoub concernant « les juifs et l’argent » et ses sympathies exprimées à plusieurs reprises à l’égard de terroristes islamistes (sans que lui-même soit suspecté de radicalisation) caractérisent bel et bien, dans son cas, cette infraction. Les accusés et le ministère public ont dix jours pour interjeter appel de ce verdict.

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