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Publié le 4 Juillet 2022

Crif - Nicole Bornstein, une militante à l'œuvre

Engagée au Crif Auvergne Rhône-Alpes depuis plus de 20 ans, Présidente du Crif Auvergne Rhône-Alpes pendant 10 ans, le Crif salue le travail et l'engagement de Nicole Bornstein. Au cours de cet entretien, nous revenons sur ses années à la présidence du Crif dans la région, et sur son militantisme à toute épreuve. Elu en juin 2022, Richard Zelmati lui succède à ce poste.

Quel a été votre parcours au sein du Crif ?

Nicole Bornstein : Mon parcours de militante au sein du Crif est la suite naturelle d'un militantisme qui a débuté très tôt et notamment, jeune lycéenne de retour d'Algérie, au sein des amitiés judéo-chrétiennes à Marseille. Ce militantisme s'est ensuite peu à peu affirmé à Lyon.

Membre de la Wizo et membre du B'nai-Brith, mon engagement actif a tout d'abord été en lien avec la lutte contre le négationnisme.

Puis, c’est en tant que présidente de ma loge du B'nai-B'rith à Lyon pendant environ six ans, que je suis entrée au Comité directeur du Crif Auvergne Rhône-Alpes.

Après avoir été élue Secrétaire générale au comité exécutif du Crif Auvergne Rhône-Alpes durant deux mandats successifs du Président en fonction, soit huit ans, j'ai été élue Présidente du Crif Auvergne Rhône-Alpes fin décembre 2012.

 

Quels projets avez-vous mené en tant que Présidente du Crif Auvergne Rhône-Alpes ?

Nicole Bornstein : Dans les activités du Crif, il y a d'abord celles qui sont consubstantielles et incontournables de nos missions.

En premier lieu, assurer au fil du temps les liens entre nos membres et coreligionnaires d'une part, et les responsables institutionnels de la Métropole et de la région d'autre part. Si le plus souvent cela se fait dans l'harmonie avec les autorités, cela peut être parfois plus délicat avec des élus mus par des considérations idéologiques et/ou électorales.

Lors des commémorations, et elles sont nombreuses à Lyon, je me suis toujours attachée à ne pas me suffire d'un hommage aux victimes et à rapprocher mémoire et actualité du moment, au risque parfois de heurter des oreilles peu accueillantes. La commisération affichée dans certains discours en même temps que s'y affiche un voile pudique sur le présent, jusqu'à même le nier, ne m'a jamais fait illusion...

Pendant ces deux mandats, nous avons eu à traverser des événements tragiques qui ont touché la communauté nationale et, plus directement des citoyens ciblés parce que juifs. Nous nous sommes mobilisés en participant ou en organisant des manifestations significatives et des débats enrôlant concitoyens juifs et non juifs et responsables politiques. Tels qu’en 2013 suite aux assassinats de Toulouse et Montauban, en 2015 après les attentats du mois de janvier, ou suite aux assassinats de Madame Knoll et de Sarah Halimi...

Pour les 10 ans des assassinats de Montauban et de l'école Ozar Hatorah, une cérémonie commémorative très émouvante fut organisée au sein même d'une école juive en présence de nombreuses personnalités de la région.

A toutes ces activités qui sont au cœur des missions du Crif, s'ajoutent des moments marquants :

- Un colloque fin septembre 2014, organisé à l'occasion des « 70 ans de la naissance du Crif en Région Rhône-Alpes » en pleine période d’oppression nazie.

Réunissant de nombreux anciens Présidents du Crif nationaux et de la région, en présence de plus de 300 personnes, se sont tenus des débats passionnants avec des invités de qualité comme Serge et Beate Klarsfeld, Dominique Reynié et Antoine Sfeir...

- En mars 2017, pour la première fois le Crif Auvergne Rhône-Alpes a invité de nombreuses associations de la société civile, laïques et/ou religieuses à participer à un Colloque sur le « Faire ensemble pour Vivre ensemble ». Il s'est tenu à la Métropole de Lyon sous la Présidence du Président-Maire Gérard Collomb, en présence de  Gilles Clavreul, alors Préfet Délégué à la DILCRAH et d' Hélène Geoffroy, Ministre de la ville.

Ce fut le premier temps d'un programme instauré chaque année, proposant des activités partagées tout au long de l'année à des jeunes de toutes origines et horizons sociales.

- Nous avons célébrer l'anniversaire des 70 ans de la création de l’État d’Israël avec un colloque de 300 personnes au sein de l’hôtel de région en présence de deux messagers venus pour contredire les poncifs traditionnels à l'égard d’Israël : Denis Charbit et Daniel Rouach.

- Le Crif Auvergne Rhône-Alpes soutient chaque année les élèves de l'EM Lyon dans leur programme « Discover », voyage annuel en Israël de rencontre avec la startup nation

Les projets et combats menés ont été nombreux. Certains sont encore en cours. Ce ne sont que quelques exemples parmi les plus marquants. 

 

De quoi êtes-vous particulièrement fière ? Quelle est votre plus grande réussite en tant que Présidente du Crif Auvergne Rhône-Alpes ?

Nicole Bornstein : On peut être fier lorsqu'une œuvre est achevée et bien finie. Or nos missions pour la mémoire, la lutte contre l'antisémitisme ou le soutien à Israël sont malheureusement loin d'être achevées.

Il me semble avoir fait au mieux selon les circonstances. S'agissant d'interlocuteurs idéologiquement hostiles, il faut pouvoir s'imposer ; cela a été par exemple le cas lors de la manifestation organisée à Lyon par le club de la presse après les attentats de janvier 2015.

Lorsque l'interlocuteur est à l'écoute, il faut prendre le temps de convaincre et des résultats peuvent s'obtenir ; ce fut récemment le cas pour l'adoption par la région Auvergne Rhône-Alpes dans sa charte, de la définition de l'antisémitisme selon l'IHRA.

 

Parlez-nous de votre région. En quoi la présence du Crif en région Auvergne Rhône-Alpes est-elle essentielle ? Qu’apporte-t-elle à la communauté juive locale ?

Dans notre rapport avec les institutionnels, le Crif est reconnu à tous les niveaux comme interlocuteur majeur de la communauté juive.

Le dîner annuel qui se tient depuis plus de 20 ans à Lyon est un temps très fort de l'année, attendu par tous.

Les commémorations mémorielles sont régulièrement organisées en concertation avec le Crif.

Lorsque des manifestations comme celles pour Madame Knoll ou Madame Halimi ont lieu, les autorités ou les responsables politiques nous accompagnent pour la plupart de leur présence et soutien.

En matière de sécurité, nous avons toujours été entendus par les autorités préfectorales, de police ou militaires, et accompagné par la mise en place de toutes les mesures nécessaires. Une cellule de suivi des actes antisémites a été depuis la loi Perben très vite mise en place à Lyon. Elle se réunit annuellement.

Cependant, concernant le terme de "communauté", j'ai toujours, quitte à utiliser une périphrase, éviter d'employer ce terme. En effet certains de nos responsables institutionnels, mais pas spécialement Lyonnais, se plaisent à mettre face à face, ou plutôt dos à dos, les communautés avec une volonté d'équilibre finalement perverse.

N'oublions jamais que nous sommes des citoyens français juifs à part entière et nous ne le négocions pas.

 

Un nouveau Président du Crif Auvergne Rhône-Alpes vient d’être élu : Richard Zelmati. Selon vous, à quels défis principaux devra-t-il faire face ? Que pouvez-vous lui souhaiter ?

Richard Zelmati, qui après une longue hésitation s'est finalement laissé convaincre de se présenter, saura parfaitement mener à bien l'achèvement des chantiers en route dont deux auxquels nous tenons particulièrement pour s'y être pleinement investis :

L'édification d'un Mémorial de la Shoah à Lyon, projet réinitié sous mon mandat et grâce à notre étroite collaboration avec le premier Adjoint à la Mairie de Lyon, Jean-Dominique Durand (aujourd'hui Président National des amitiés judéo-chrétiennes) sous la mandature du Maire Gérard Collomb. L'association pour son édification, sous la présidence du Procureur Jean-Olivier Viout, a relancé en Mairie le projet en septembre 2019.

Et celui de la prison Mémorielle de Montluc où des chamboulements de l'exposition permanente à l'occasion de travaux de restauration risquent d'engendrer une grande confusion des mémoires.

Par ailleurs, il devra affronter la période de turbulence qui semble s'annoncer (mais le pire n'est heureusement pas nécessairement certain).

Faisons lui confiance et souhaitons lui bon courage.

 

Comment voyez-vous votre avenir militant ? Pour vous, quelle est la suite ?

Quant à moi j'ai toujours été militante et rapidement militante à l’œuvre. Aujourd'hui membre de droit du comité directeur du Crif et élue au comité Directeur du Crif national, je souhaite pouvoir poursuivre sur ce chemin.

En tous cas, je ne rejoindrai pas le camp des spectateurs ronchons ou des critiques lorsqu'ils n'ont pas les mains aux manettes.

 

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