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Publié le 8 Janvier 2024

Édito du Président du Crif : Non, Gaza n'est pas Auschwitz.

« Ce renversement accusatoire est donc bien une stigmatisation volontaire et calculée du seul État juif. Et, hélas, nous le savons, l'opprobre qu'elle suscite s’étendra mécaniquement sur les Juifs, où qu'ils vivent. »

Non, Gaza n'est pas Auschwitz.

 

Parmi les accusations portées contre Israël, la comparaison entre le sort des Palestiniens aujourd'hui et celui des Juifs pendant la Shoah mais également l'accusation mensongère de « génocide » sont les plus infamantes.

 

La formule est connue : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur de ce monde » écrivait Albert Camus en 1944. Alors que doit se tenir à la Cour Pénale Internationale cette semaine l'audience d'Israël face à l'Afrique du Sud, nombreux sont les acteurs du débat public qui ont recours à ces accusations fallacieuses, depuis le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) dans ces derniers communiqués jusqu'au Président turc Erdogan comparant Netanyahou à Hitler, depuis les élus La France Insoumise (LFI) parlant de génocide jusqu'à certaines instances internationales…

 

Sans rien retirer par ailleurs à l'empathie légitime pour la souffrance de la population civile palestinienne, victime et otage de cette guerre déclenchée par le Hamas, ces accusations doivent être rejetées fermement.

 

Alors, à quoi correspond cette accusation de génocide ? Que signifie cette nazification d’Israël ? Apposer l’image du génocide sur la guerre à Gaza, vise à accoler l’étiquette de l’ultime infamie sur l’État d’Israël. Infondée matériellement et juridiquement, cette accusation vise en fait d'autres buts, politiques.

 

D'abord, cette inversion perverse transforme l'État refuge des victimes de la Shoah, en un État de bourreaux, et vise la perturbation des boussoles morales du public. Puis, en affublant ainsi symboliquement Israël du qualificatif de nazi, l’accusation soulage les consciences européennes de la culpabilité de la Shoah. Enfin, en maximisant la représentation de la culpabilité morale d’Israël, l’accusation minimise la gravité des exactions du Hamas le 7 octobre. Accuser Israël de génocide est au fond la stratégie la plus efficace pour passer sous silence les pogroms du 7 octobre et la pulsion exterminatrice qui a animé les terroristes du Hamas massacrant, violant et suppliciant des populations civiles israéliennes...

 

Ce renversement accusatoire n’est pas nouveau. La cause palestinienne a souvent utilisé le miroir de l’Histoire juive pour formuler son propre récit. Ainsi, le choix du mot Nakba (« catastrophe », en arabe) pour qualifier la date historique de l’indépendance de l’État d’Israël et les déplacements d’une partie des populations juives et arabes alors présentes, répond au sens du mot « Shoah » en hébreu.

 

Mais surtout, ce renversement accusatoire désinhibe toutes les violences. Accuser Israël de mener un génocide, d’être le nouvel État nazi, justifie les discours les plus radicaux, allant jusqu’à normaliser l’exigence du démantèlement d'Israël. Face à un État prétendument génocidaire, quelle violence ne serait pas légitime ?

 

Ne soyons pas naïfs : ceux qui ont recours à cette terminologie ne le font que pour accuser Israël. Leur indignation sélective épargne les exactions des grands régimes autoritaires du monde et occulte les victimes ouighours en Chine, rohingyas en Birmanie ou chrétiens du Nigéria... Comme bien entendu, ils n’ont jamais critiqué les opérations militaires occidentales contre Daech à Mossoul et Raqqa, ou contre Al Qaida en Afghanistan, malgré des victimes civiles là aussi malheureusement nombreuses.

 

Ce renversement accusatoire est donc bien une stigmatisation volontaire et calculée du seul État juif. Et, hélas, nous le savons, l'opprobre qu'elle suscite s’étendra mécaniquement sur les Juifs, où qu'ils vivent.

 

Nous, Français juifs, avons la responsabilité de dénoncer ces amalgames dangereux tant qu'il est encore temps.

 

Car non, Gaza n'est pas Auschwitz.

 

Yonathan Arfi, Président du Crif