Lu dans la presse
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Publié le 13 Janvier 2022

France - Affaire Sarah Halimi: doutes et empoignades

C’est un sujet qui aurait dû permettre aux députés de trouver un consensus. Pourtant, fait très rare à l’Assemblée nationale, les membres de la commission d’enquête chargés de rechercher «les éventuels dysfonctionnements de la justice et de la police dans l’affaire dite Sarah Halimi» ne sont pas parvenus à se mettre d’accord: le rapport n’a été voté que par le seul groupe LREM.

Publié le 12 janvier dans Le Figaro

«Je n’ai jamais vu ça!», s’exclame le Modem François Pupponi, secrétaire de cette commission d’enquête. «Dysfonctionnements a été un mot tabou tout au long de nos travaux», dénonce la LR Constance Le Grip, vice-présidente de la commission. Pointant «des dysfonctionnements abyssaux» et «beaucoup de dénis, de démissions, de refus et de couvertures dans ce rapport», son président, l’UDI Meyer Habib, estime qu‘à quelques semaines de la présidentielle, «tous ces blocages peuvent laisser penser que la volonté de certains membres était de continuer à masquer une partie de la vérité, de protéger quoi qu’il advienne les services de l’État».

Quatre ans après le meurtre de cette sexagénaire juive, torturée et défenestrée aux cris d’«Allah akbar» en avril 2017, l’objectif de la commission d’enquête était d’éclaircir de nombreux points, rappelle Meyer Habib. Des questions laissées sans réponses par l’absence de procès, le meurtrier, Kobili Traoré, ayant été déclaré pénalement irresponsable. Pourquoi les forces de l’ordre ne sont-elles pas intervenues alors qu’elles sont arrivées très rapidement sur place, appelées par des voisins alertés par les cris, et que Traoré n’était pas armé? Pourquoi la préméditation a-t-elle été écartée par la juge alors que, souligne le député UDI, «il s’agissait d’un individu manifestement radicalisé et profondément antisémite, qui avait déclaré le matin du meurtre à un ami que ‘‘ce soir, tout sera réglé’’»? Pourquoi son téléphone n’a-t-il pas été recherché? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de reconstitution? Pourquoi la juge a-t-elle refusé la première expertise qui validait l’abolition partielle du discernement (et aurait donc renvoyé le meurtrier en cour d’assises), exigeant une deuxième expertise que la défense ne demandait pas?

«Pour mieux comprendre», une partie des membres de la commission, emmenés par son président, se sont rendus sur les lieux, de nuit. Selon eux, les policiers, quand ils assurent ne pas avoir entendu les cris de Sarah Halimi, ont «menti sous serment»: «On ne peut pas ne pas entendre une femme qui hurle à mort pendant 14 minutes, ni de la cour, ni de derrière la porte des Diarra, où se trouvaient les policiers, souligne Meyer Habib. Or le rapport ne mentionne pas ce fait, corroboré par les sept voisins qui ont témoigné avoir entendu les cris». Au Figaro, la rapporteur, la LREM Florence Morlighem, rétorque que «vu le gabarit de Traoré, et les photos du cadavre de Sarah Halimi, je pense qu’elle n’a pas crié longtemps…»

"Dans cette affaire les règles que suivent nos forces de sécurité et celles de notre état de droit ont été respectées". Florence Morlighem (LREM) rapporteure de la commission parlementaire

Autre désaccord, la question des clés. «Il est possible que je ne me sois pas rendu compte que j’avais les clés de l’appartement» des voisins, avait bafouillé le brigadier-chef, primo-intervenant, lors de son audition. Une hésitation qui permet à la rapporteur d’affirmer qu’«il n’est pas possible d’attester avec certitude que les policiers avaient les clés». Faux, s’insurgent les députés contestataires, qui rappellent que leurs travaux ont démontré que les Diarra avaient lancé leur trousseau aux policiers, afin qu’ils puissent passer par chez eux.

Enfin, «la famille du meurtrier, en particulier les sœurs, dont l’antisémitisme est avéré, n’a jamais été entendue par la commission malgré mes innombrables demandes, déplore encore Meyer Habib. Les motifs évoqués, l’impossibilité supposée de les localiser, sont invraisemblables dans un État de droit, d’autant plus que nous avons appris qu’ils continuent à dealer dans le quartier et qu’ils rencontrent Traoré qui sort régulièrement de l’unité pour malades difficiles» où il est hospitalisé. «Dans cette affaire, les règles que suivent nos forces de sécurité et celles de notre État de droit ont été respectées, conclut la rapporteur. L’absence de dysfonctionnement grave n’exclut toutefois pas que de meilleures décisions auraient pu être prises, ni que certaines de ces règles ne devraient pas évoluer. Un premier pas a déjà été fait en ce sens avec l’adoption du projet de loi sur la responsabilité pénale et la sécurité intérieure». Un rapport qui, pour Constance Le Grip, «engendre beaucoup de frustrations»: «Il louvoie en permanence, fustige-t-elle. Il est empêtré dans un galimatias ni pour ni contre, une espèce d’en même temps extrêmement navrant.» Les deux premières propositions de la rapporteur, s’étonne d’ailleurs François Pupponi, visent à «encadrer les commissions d’enquête portant sur des affaires jugées»En attendant, une partie de la famille de Sarah Halimi a contacté Mes Gilles William Goldnadel et Nathanaël Majster, afin de porter plainte contre les policiers, pour non-assistance à personne en danger.

 

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