Etudes du CRIF
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Publié le 7 Mars 2017

Etude du CRIF n°44 - "Retour sur les principes guerriers fondamentaux du Hamas"

Retour sur les principes guerriers du Hamas : 4 questions posées à Nathalie Szerman, par Marc Knobel
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 Le Crif interroge la directrice de l’Observatoire du Moyen-Orient (MEMRI)

Question: Pour le 44ème numéro des Etudes du Crif, nous publions votre texte intitulé: "Retour sur les principes guerriers fondamentaux du Hamas et leur transmission par le biais de la chaîne télévisée Al-Aqsa". Pourquoi convient-il de parler du Hamas? Et en quoi ce mouvement, mérite-t-il une étude spécifique?

 

La nouvelle direction du bureau politique du Hamas, en la personne de Yahya Sinouar, laisse présager un durcissement de la ligne politique du Hamas. C’est d’autant plus inquiétant que l’influence du Hamas ne se confine pas à Gaza, et que s’il est menaçant pour Israël, il l’est aussi au-delà d’Israël. Il serait illusoire, aujourd’hui, de se croire à l’abri d’idéologies et de conflits qui sévissent en d’autres lieux, aussi éloignés soient-il. Le recrutement d’Européens par l’Etat islamique au moyen des réseaux sociaux nous l’a bien fait comprendre. Face à cette nouvelle direction du Hamas, il convient donc de faire preuve d’une vigilance accrue, et cela commence par attirer l’attention sur le Hamas en rappelant ce qu’il est.

Question: Vous mettez l'accent sur la chaîne de télévision du Hamas. Pourquoi? En quoi se distingue-t-elle?

 

En effet, cette étude ne porte pas sur le Hamas en général, mais sur sa chaîne télévisée Al-Aqsa en particulier. Cette chaîne peut être captée en Europe et par elle, un grand nombre de personnes, dans les territoires palestiniens mais aussi bien au-delà, se trouvent, ou pourraient se trouver, sous influence du Hamas. La chaîne Al-Aqsa, comme le révèle l’étude, a résisté jusqu’à présent à toutes les tentatives de fermeture ou d’interruption de ses émissions, aussi bien à celles de l’Autorité palestinienne, que d’Israël ou même du CSA.

Cette chaine se distingue en ce qu’elle est, véritablement, fidèle aux principes fondateurs du Hamas, énoncés dans sa charte. Or ces principes sont antisémites, belliqueux, conquérants, réducteurs quant aux femmes, qualifiées d’ « usines à hommes », et sont clairement contraires aux principes des droits de l’Homme. L’étude apporte une multitude d’exemples d’une violence qui dérange, dégoûte, mais qu’il faut pourtant avoir le courage de regarder en face car nous sommes aussi responsables : si Al-Aqsa diffuse depuis Gaza, elle est captée jusqu’en Europe, et grâce aux satellites d’Eutelsat, société basée à Paris.

 

Question: Comment vous semble-t-il que le Hamas évolue aujourd'hui? Représente-t-il un risque majeur pour Israël?

 

Le Hamas a élu dernièrement, le 13 février 2017, Yahya Sinouar, l’un des fondateurs de la branche armée du mouvement, les Brigades al-Qassam, à la tête de son bureau politique dans la bande de Gaza. Sinouar succède à Ismaïl Haniyeh. Il représente l’aile dure du mouvement, dont il a mis en place les secteurs du renseignement et des activités militaires. Il a passé 23 ans en prison, sous le coup de quatre peines de prison à perpétuité, et il figure sur la liste américaine des terroristes internationaux. Il n’a été libéré que dans le cadre de l’échange de prisonniers contre l’otage Guilad Shalit. Pour Israël, sa succession à Haniyeh n’est pas une bonne nouvelle.  

 

Question: La question des tunnels empruntés par les terroristes du Hamas fait grand bruit en Israël. Pourquoi?

 

Les activités souterraines du Hamas n’ont pas pour seuls objectifs d’offrir un passage au Gazaouis en direction de l’Egypte ou d’Israël et de permettre la contrebande. Comme on l’a vu lors de la guerre de Gaza de 2014, ces tunnels ont pour vocation de permettre l’infiltration d’Israël à des fins destructrices. L’opération qui se préparait au moyen de ces tunnels et qui a mené à la dernière guerre de Gaza devait conduire à un carnage à l’intérieur des frontières d’Israël.

 

Un rapport officiel israélien publié le 28 février 2017 accuse le Premier ministre Benyamin Netanyahou et ses généraux d'avoir mal évalué, et donc mal préparé l'armée à la menace stratégique des tunnels du Hamas. C’est une accusation grave, car les autorités détenaient les informations nécessaires, mais n’avaient apparemment pas mesuré l’imminence ni l’importance du danger. Une erreur de jugement, quand on sait que 67 jeunes soldats israéliens ont été envoyés à la mort pendant cette guerre.

 

Aujourd’hui, Israël ne peut se permettre ne négliger la menace des tunnels, ni pour sa sécurité, ni par rapport à son opinion publique - et ne peut donc les tolérer que dans une moindre mesure. 

 

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