Le CRIF en action
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Publié le 22 Février 2010

Hommage à Marcel Rajman et à ses camarades de combat fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944

« Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE. »




Ce poème d’Aragon, chanté par Léo Ferré, a raisonné dans la salle Olympe de Gouge, le dimanche 21 février 2010. Ce poème évoque les 22 résistants fusillés, au Mont-Valérien le 21 février 1944. Marcel Rajman était l’un d’eux ; la 23 étant Olga Bancic, décapitée par les nazis dans la prison de Stuttgart.



La cérémonie a été ouverte par Roger Fichtenberg, Président de l’Union des Associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Après le dépôt de six gerbes, l’assistance, fort nombreuse malgré le froid, s’est recueillie dans le salon réservé à cet effet. Etaient présents : Georges Sarre, ancien ministre, Serge Klarsfeld, président des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, des représentants d’associations : Simon Grobman, Henri Battner. Le président du CRIF, Richard Prasquier, était représenté par Claude Hampel. Il faut saluer la présence de membres du Conseil municipal dont Liliane Capel et de toujours fidèles porte-drapeaux.



Après l’émouvant discours de Roger Fichtenberg ce fut au député-maire du XIe arrondissement, Patrice Bloche, de rendre un vibrant hommage aux combattants, résistants de l’Affiche Rouge dont faisait partie Marcel Rajman, l’enfant du XIe, membre de F.T.P.-M.O.I. La Maire a souligné dans son propos l’héroïsme de ceux qui, Juifs étrangers, républicains espagnols, combattants arméniens étaient des Français de cœur : «Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant. » Deux pièces pour clarinette ont été interprétés par Claudine Movsessian. La cérémonie d’hommage s’est terminée par La Marseillaise.
Allocution de Roger Fichtenberg, lors de la cérémonie à la mémoire de Marcel Rajman, le 21 février 2010
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vint et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant ;
Ainsi s’exprime Louis ARAGON dans le magnifique poème intitulé « strophes pour se souvenir » dédié aux FTP MOI du groupe MANOUCHIAN.
En réalité, ils ne furent pas 23 mais 22 à être fusillés le 21 février 1944, il y a 66 ans jour pour jour, on pourrait presque dire heure pour heure. La vingt troisième du groupe des condamnés à mort était une femme : Olga Bancic. Elle fût transférée en Allemagne pour y être décapitée le 10 mai 1944.
Parmi ces 22 combattants fusillés, un jeune de notre arrondissement : Marcel RAJMAN.
Marcel est né à Varsovie en 1923. Sa famille émigre à Paris en 1930. C’est une famille de gens très modestes. Les parents de Marcel sont des tricoteurs à domicile installés rue de Immeubles Industriels à deux pas de la place de la Nation.
Dès le début de l’occupation, Marcel et son jeune frère Simon, qui militent à l’Union de la Jeunesse Juive dont presque tous les membres sont communistes, se lancent dans la Résistance. Pour commencer ils distribuent des tracts et des journaux clandestins.
Le père de Marcel est arrêté lors de la grande rafle de juifs exécutée dans le 11ème arrondissement le 20 août 1941. Déporté à Auschwitz en juin 1942, il ne reviendra pas.
En mars 1942, Marcel s’engage dans les FTP-MOI au 2ème détachement Juif. Il accomplit de nombreuses missions et des attentats sous les ordres de Boris HOBAN puis de Missak MANOUCHIAN.
Il devient responsable de l’équipe spéciale chargée des actions les plus spectaculaires comme l’exécution de Julius RITTER général SS, représentant en France de Fritz SAUKEL, commissaire à la main d'œuvre, chargé de la déportation en Allemagne des travailleurs des pays occupés.
Marcel est arrêté le 16 novembre 1943 par les policiers français de la Brigade Spéciale lors du grand coup de filet lancé contre les FTP MOI. Il est condamné à mort par un tribunal militaire nazi et exécuté au Mont Valérien avec 22 de ses camarades.
Son frère Simon et sa mère sont arrêtés le lendemain et livrés aux Allemands. Simon est déporté à BUCHENWALD, sa mère à AUSCHWITZ ou elle est gazée dès son arrivée.
Simon aura la chance de pouvoir revenir de BUCHENWALD.
Chaque année, depuis 1994, date de l’inauguration du square, Simon se joignait à nous pour fleurir la stèle dédiée à son frère.
Simon a disparu en août 2005, nous lui avons rendu un émouvant hommage au cours d’ une cérémonie à la mairie du 11e arrondissement en janvier 2006.
Quant à sa cousine, Madeleine PELTIN MEYER, qui elle aussi assistait chaque année à cette cérémonie d’hommage, elle nous a quittés le 6 février dernier. Monsieur le Député-Maire Patrick BLOCHE comme de nombreux amis ici présents ont assisté à ses obsèques au cimetière de Bagneux.
Les acteurs et témoins de cette période à la fois tragique et glorieuse de notre histoire sont de moins en moins nombreux. Il appartiendra donc aux générations suivantes de poursuivre l’œuvre entreprise pour que la mémoire de Marcel RAJMAN et de ses compagnons continue d’être, chaque année, dignement honorée. »



Photo : D.R.

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