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Le CRIF en action
Publié le 5 Mars 2014

Le Prix du CRIF 2014 attribué au Père Patrick Desbois

Source biographique : http://www.yahadinunum.org/

Le Président Roger Cukierman  a remis, mardi 4 mars 2014 lors du 29e Dîner, le Prix du  CRIF au Père Patrick Desbois pour son œuvre de Mémoire. « Je veux dédier ce prix aux enfants juifs qui dorment dans les fossés d’Ukraine », a dit Patrick Desbois, après avoir remercié le  CRIF Pour une « si longue histoire d’amitié ».

Le P. Desbois est né en France, à Chalon-sur-Saône, en 1955. Son enfance a été fortement marquée par son grand-père qui, mobilisé dans les armées françaises pendant la Seconde Guerre mondiale, avait été prisonnier au camp de Rawa Ruska.

 

Ce grand-père lui a peu parlé de ce qui se passait là-bas, disant seulement que « pour les autres, c’était pire ». Pendant des années, le jeune Patrick n’a pas su qui étaient ces « autres », ni en quoi leur sort avait été « pire ». Ce que racontait son grand-père est donc resté mystérieux, jusqu’à ce que, à l’âge de douze ans, il découvre dans une bibliothèque un livre sur la Shoah. Les pages de ce livre lui ont offert des images du génocide qu’il ne connaissait qu’à travers des souvenirs lointains et douloureux dans sa famille. Une photo particulière a enfin révélé le sens de ce que racontait son grand-père : elle montrait des juifs, hommes et femmes, au camp de concentration de Bergen-Belsen. Les « autres » étaient ces juifs, et leur sort était « pire » parce qu’il était inimaginable. A partir de ce jour, le P. Desbois z ressenti que l’histoire juive était inextricablement liée à la sienne. Alors que son engagement dans sa propre foi devait le conduire à devenir membre du clergé, il voulait comprendre la religion de ceux dont son grand-père avait vu les souffrances.

 

Avant d’étudier la théologie, Patrick Desbois s’est inscrit en mathématiques à l’université et est devenu professeur, envoyé par le gouvernement français en Afrique de l’Ouest. Son travail à l’étranger ne s’est pas limité au domaine scolaire : il est aussi allé à Calcutta pour aider Mère Teresa à ouvrir des maisons pour les mourants. C’est là qu’il a été frappé par la confiance que les villageois gardaient en Dieu. A son retour en France, sa famille très « laïque » a reçu un coup en apprenant qu’il avait décidé de devenir prêtre. Pendant ses années de séminaire, Patrick Desbois a complété l’étude du catholicisme par celle du judaïsme. Il est allé à Yad Vashem, où il a appris l’histoire de l’antisémitisme. Il a aussi collaboré étroitement avec le Professeur Charles Favre, une personnalité éminente de la communauté juive en France. Ils ont travaillé ensemble sur l’histoire, la culture et la religion juives.

 

Les travaux du P. Desbois en Europe de l’Est

 

IEn 2002, le P. Desbois s’est rendu en Ukraine, afin de découvrir enfin les lieux où son grand-père et les « autres » avaient souffert. Ce qui a choqué le P. Desbois n’est pas ce qu’il a vu, mais ce qu’il ne voyait pas. Le Père savait que 10 000 juifs avaient été tués à cet endroit, mais aucune trace ni mémorial n’était visible. Lorsqu’il a demandé au maire de la ville où les juifs étaient enterrés, le maire a répondu : « Nous n’en savons rien ». Le P. Desbois s’est mis à poser des questions. Il a ainsi appris que, depuis le massacre, on ne s’était guère intéressé à ce qui à ce qui s’était passé et aucune véritable enquête n’avait été ouverte. Pourtant, en continuant à parcourir la ville, le P. Desbois s’est aperçu que les traces du massacre n’avaient pas entièrement disparu, car le souvenir en restait gravé dans la mémoire des témoins. Ces témoins, désormais âgés, parlaient peu de ce passé qui pourtant rôdait dans l’agglomération sous un silence forcé.

 

Une mission

 

En 2004, pour s’efforcer de rompre ce silence, le P. Desbois a aidé à créer Yahad-in-Unum. L’association finance des missions en Ukraine, en Russie, en Biélorussie et en Pologne d’équipes de recherches qui interrogent ceux qui, comme le grand-père de Patrick, ont été les témoins du mal absolu. Au cours de ces entretiens, les témoins peuvent enfin dire ce qu’ils ont vu. Le P. Desbois les écoute avec la délicatesse d’un prêtre et les sollicite avec l’acuité d’un détective. 

CRIF

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