Le CRIF en action
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Publié le 14 Février 2013

Les EEIF, 90 ans de mouvement !

 

Richard Prasquier a assisté au colloque du 10 février 2013, à l’UNESCO, à l’occasion du 90e anniversaire des EIF. Voici un résumé de ce colloque particulièrement réussi.

 

À 90 ans, les EEIF (Éclaireuses Éclaireurs Israélites de France) n’ont jamais paru aussi jeunes et vigoureux. Le mouvement des scouts juifs qu’avait imaginé Robert Gamzon en 1923 a ouvert ce dimanche 10 février l’année de son 90ème anniversaire par un colloque joyeux, vivant et plein d’émotion. Dans une salle de l’UNESCO comble, 300 EI d’hier à aujourd’hui sont venus se confronter au message exigeant qu’ils se sont choisi comme porte-drapeau tout au long de l’année : « Vivre ensemble l’engagement ».

 

Quand on dit EEIF, mouvement scout, une image un peu naïve se dessine et s’impose : une équipe de copains qui campent et découvrent la nature, champions des constructions, des nœuds en tous genres et des corvées de bois, chantant à la veillée au son des guitares devant le grand feu du soir. Les EEIF c’est tout cela bien sûr – et ils n’y renonceraient pour rien au monde, c’est ce qui cimente leur fraternité et aiguise le sens de la débrouillardise et de l’initiative. Les EEIF, ce sont aussi des projets solidaires développés sur le territoire national ou à l’étranger, 4000 jeunes actifs dans toute la France (et un groupe en Israël), des centaines d’animateurs et un réseau intergénérationnel de 10 000 anciens, en France et en Israël, « EI un jour, EI toujours  » et ce n’est pas qu’une formule.

 

« Nous sommes, avant tout, un mouvement éducatif », a rappelé Michel Nakache, le président des EEIF, « un mouvement d’éducation juive qui repose sur un système de valeurs solides qui façonne notre univers depuis 90 ans : le Scoutisme et sa fraternité mondiale, la Loi et la Promesse scoute, le Minimum commun de vie juive, l’attachement à Israël. Notre proposition éducative se développe essentiellement autour du Vivre Ensemble, l’éducation par le jeu, la prise de responsabilités et l’engagement citoyen. Mais le monde bouge et les EI aussi et il est de notre responsabilité de nous remettre en question et de vérifier si les EI du XXIème siècle ont en mains les bons outils pour engager durablement les générations futures vers plus d’engagement, plus de vivre ensemble ».

 

Et comme tout démarre toujours dans la tradition juive par une étude talmudique, le Grand Rabbin Haïm Korsia, aumônier-général des Armées, a rappelé que l’un des textes juifs fondateurs du concept de Vivre ensemble n’est autre que le passage qui décrit la situation des Hébreux avant la traversée de la Mer Rouge. Quatre groupes s’étaient alors constitués avec quatre options radicalement différentes pour répondre à la difficulté qui se posait alors à eux. Nos Sages enseignent que ces quatre groupes-là devaient d’abord apprendre à s’entendre et à se respecter avant de prétendre affronter les dangers extérieurs.

 

En écho, plusieurs intervenants se sont succédé à la tribune, tous acteurs, à leur façon et dans leur domaine, de la société civile. Martin Hirsch, aujourd’hui président de l’Agence du Service Civique, hier encore Haut-commissaire aux Solidarités actives puis à la Jeunesse du gouvernement Sarkozy, auteur d’un livre de souvenirs personnels La Lettre perdue, véritable profession de foi de l’engagement. Et s’il fallait témoigner de l’ouverture à l’autre que suscite tout engagement au service des autres, voici cette anecdote qu’il raconte : « Si pour la plupart des débutants du Service Civique, l’autre est ressenti comme une menace, systématiquement cette tendance est inversée en fin de parcours et l’autre devient alors beaucoup plus, une chance, une opportunité ».

 

Sur ces valeurs, quatre représentants du scoutisme français ont échangé eux aussi. Élisabeth Courtois, vice-présidente des SGDF (Scouts et Guides de France – Scouts Catholiques), Elsa Bouneau, présidente des EEUF (Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes Protestants), Younes Aberkane, président des SMF (Scouts Musulmans de France) et Karen Allali (Commissaire Générale des EEIF). On retiendra particulièrement l’intervention de Younes Aberkane qui déborde de projets, d’idées et d’envies pour faire vivre ensemble et s’apprivoiser jeunes Juifs et jeunes Musulmans. « Passons par les scouts d’abord, propose-t-il, mais cela n’a de sens que si, forts de notre confiance commune et réciproque, nous allons ensuite ensemble vers les autres, pour leur apprendre, pour leur montrer que c’est possible ». 

 

Enfin Anne-Marie Revcolevschi, présidente du projet Aladin, a revendiqué le droit de parler de combat plutôt que d’engagement, car la plupart du temps, dit-elle, les Juifs n’ont pas d’autre choix que de se battre même si c’est avec des mots, du savoir, des livres et des films, car « les mots sont reçus partout quand on les comprend ». C’est pourquoi le projet Aladin s’attache à traduire en arabe, en perse et en turc les œuvres qui transmettent la réalité de la Shoah.

 

Richard Prasquier, président du CRIF, a témoigné, un rien taquin, que la vie du Crif est un des grands terrains d’expérimentation du Vivre Ensemble mais à sa plus grande satisfaction « ce qui nous rassemble est bien supérieur à ce qui nous désunit ». Avec Gilles Bernheim, le Grand Rabbin de France, il a avoué tout de même que son plus grand regret était de ne pas avoir été EI. Le Grand Rabbin s’est même risqué pour accompagner sa bénédiction à esquisser le salut scout et « c'est un grand bonheur, un grand honneur de dire Toujours Prêt ! ». Épreuve réussie.

 

Dans un sympathique message par vidéo depuis Londres, Éric Tolédano, réalisateur inspiré des Intouchables et surtout ancien EI - mais oui ! -, a enfin révélé la clé de son succès : « Faire un film, c'est comme camper, on veut faire aboutir un projet commun ». Et si son dernier film a évité à Roselyne Bachelot, alors ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, de faire une campagne de mobilisation autour du handicap ce dont elle les a remerciés, Olivier Nakache et lui, il en est fier, car même si ce n’était pas leur but, « il faut savoir vivre avec les différences des autres ».

 

Vivre Ensemble suppose se connaître, se comprendre, se découvrir, échanger, donner et partager. Mais surtout Agir ! Et pour cela, les EEIF répondent « pour le bien toujours prêts ». D’ailleurs, ils donnent rendez-vous pour la prochaine  étape de leur année-marathon au tout début mars pour la traditionnelle opération des Paniers de Pessah qu’ils mènent depuis 25 ans déjà. Avec, cette année, une ouverture sur un public plus large, sur certaines villes de province et la promesse d’aider encore plus de familles à passer un Pessah cacher et samea’h. 

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