Le CRIF en action
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Publié le 24 Mai 2012

Manuel Valls : « Toute agression perpétrée à l’endroit d’une religion est une grave offense faite à la France et à ses valeurs »

Lundi 21 mai 2012, lors de sa prise de parole au diner du CRIF Marseille Provence, en présence de sa présidente, Michèle Teboul, le nouveau ministre de l'Intérieur a évoqué le sens de la République. Une République dans laquelle chacun doit avoir sa place. « Aucune religion, aucune communauté, aucun groupe ne doit en être écarté », a insisté Manuel Valls. Ci-après l’intégralité du discours du ministre :

Laïcité et liberté de conscience sont des piliers de notre République. Aussi faut-il rappeler cette exigence de laïcité mais dire également combien la laïcité doit être exigeante

 

C’est pour moi une joie et un honneur de me retrouver, ce soir, parmi vous, avec ma collègue Marie-Arlette Carlotti, au contact de la diversité et du dynamisme des institutions juives de Marseille et plus largement celles de Provence. Une communauté, des communautés que je connais bien depuis de nombreuses années, c’est donc tout naturellement que j’ai répondu à votre invitation.

Il fallait, en effet, que nous nous rencontrions au plus vite car j’ai parfaitement conscience de l’inquiétude qui s’est diffusée, depuis des années, au sein de la communauté juive de France.

 

Cette inquiétude est légitime ; elle n’est pas nourrie d’irrationnel ! Des faits objectifs, autrement dit des actes antisémites avérés, font que les Juifs de France se sentent menacés dans leur quotidien, dans leurs pratiques, leur identité et leur croyance. Pour légitime que puisse être cette inquiétude, elle ne saurait cependant être irréversible. Aussi tenais-je, avant toute chose, à vous exprimer la détermination totale de la République à ce que les Juifs de France vivent pleinement leur spiritualité et leur appartenance culturelle.

 

La République doit être intraitable avec toute manifestation antisémite car, quand un Juif de France est attaqué pour ce qu’il est ou ce en quoi il croit, c’est la République, elle-même, dans son essence, qui est attaquée. Toute agression perpétrée à l’endroit d’une religion, contre un lieu de culte, contre une église, contre un temple, contre une mosquée ou une synagogue est une grave offense faite à la République et à ses valeurs.

 

La République doit alors répondre de la manière la plus ferme. Cette fermeté sert un objectif : celui d’une France solidement installée sur ses fondements.

 

L’esprit qui anime le président de la République et le Premier ministre est celui de la confiance et de l’apaisement. Car force est de constater que, depuis quelque temps, notre pays s’est divisé. Des croyances, des appartenances, des cultures, des origines mêmes ont été renvoyées dos-à-dos. Ce n’est pas cela la République !

 

La République, elle est nécessairement diverse. Elle est le fruit d’une histoire longue qui a fait se rassembler des femmes et des hommes, au-delà de leurs origines, autour d’un idéal commun.

 

Dans la République, tout le monde doit avoir sa place, aucune religion, aucune communauté, aucun groupe ne doit en être écarté. Les Français de confession musulmane n’ont pas à être stigmatisés. Ils sont la France et ils enrichissent, comme les autres, notre pacte républicain. J’en profite pour saluer Monsieur Mohamed Moussaoui, un homme de sagesse et de dialogue.

 

Marseille, ville de brassage et de diversité, est à ce titre à l’image de la France. Elle est plurielle et tolérante. Et cette tolérance est notre joyau commun. Il faut le préserver de toutes les forces de la division…

 

Dans mes fonctions de ministre de l’Intérieur, j’entends aussi mettre en oeuvre la volonté du Président de la République. Et parmi ses volontés est celle de la lutte intraitable contre le racisme et l’antisémitisme.

 

Combattre l’antisémitisme, c’est nécessairement en connaître les formes et identifier les lieux où il prospère. Ce combat contre l’antisémitisme doit être mené avec détermination.

 

Nous devons en être bien conscients : il y a dans notre pays, au côté de l’antisémitisme que l’on peut qualifier d’historique – ce qui ne le rend pas moins condamnable ! –, un antisémitisme qui apparaît sous des formes nouvelles et se nourrit d’une pensée islamiste radicale. L’horreur de la tuerie de Toulouse – et je veux saluer le Président du Consistoire de Toulouse, Monsieur Arié Bensemhoun – ne nous a rien appris quant à l’existence de cet antisémitisme, elle en a été la traduction la plus immonde, la plus ignoble.

 

Il y a également un antisémitisme plus pernicieux, qui ne dit pas qui il est, et se cache derrière un antisionisme de façade.

 

En tant que ministre de l'Intérieur, je n'accepterai pas que viennent sur notre sol des soi-disant prédicateurs, des soi-disant théologiens qui prônent, que ce soit avec des mots durs ou des mots doux, la haine des Juifs. Il est temps pour les organisations qui les invitent de changer d’attitude et de respecter les lois de la République.

 

C’est en étant juste dans son diagnostic que la République pourra apporter des solutions efficaces.

 

Je l’ai dit, je le répète : une politique de sécurité ne doit faire preuve d’aucun angélisme.

 

La France connaît des jours difficiles et doit faire face à un contexte budgétaire tendu. Pour autant, l’action publique consiste à déterminer des objectifs dans le cadre contraint des ressources disponibles. La sécurité des Français fait partie des priorités qui ont été fixées. Et des choix ont donc été faits ! Nous n’y dérogerons pas !

 

Marseille, qui souffre dans sa chair, ne sera pas oubliée. La France ne saurait tolérer qu’en son sein, la loi du plus fort surpasse les lois de la République. La série de meurtres et de règlements de compte que la ville connaît ne peut rester sans réponse. Je veux mettre un terme à ce cycle de violences inacceptable. Mais le travail sera long car je ne veux pas être dans une politique de la seule « réaction » ou du simple « réflexe »…

 

Telles sont les conditions nécessaires pour que les fondements de notre République soient restaurés et qu’elle puisse avancer, sûre de ses valeurs, au premier rang desquelles figure la laïcité.

 

Une laïcité qui est un garant de sérénité et qui a permis au Judaïsme français d’être parmi les plus actifs de la diaspora et à des communautés pleines de volonté de perpétuer des valeurs et travailler à leur transmission. Des valeurs notamment de tolérance, d’ouverture, d’entraide et de respect qui sont au coeur de la pensée juive et également au centre de notre modèle républicain.

 

Notre pays, à travers son histoire, a pu préciser sa conception du terme « communauté ». Un terme qui, depuis quelque temps, il faut le reconnaître, s’est éloigné de ce qu’il devrait signifier. Rappelons donc cette évidence : pour nous Français, une communauté doit nécessairement être une invitation à mettre en commun, à faire vivre pleinement une diversité au sein d’un ensemble plus vaste qui lui donne tout son relief et toute sa cohérence. La communauté n’est en rien le moyen d’un repli sur soi ; elle est un regroupement qui doit nécessairement avoir pour fin l’ouverture sur autrui.

 

Les Français juifs, expression qu’il faut préférer à celle de «Juifs de France » qui ne traduit peut-être pas assez la réalité et l’intensité du lien qui unit les Juifs à la France, ont toujours apporté au pot commun de notre nation. Depuis la Révolution qui leur a ouvert les voies de l’émancipation, les Français juifs ont magnifiquement et pleinement souscrit à l’idéal de la République.

 

Cette symbiose entre la République et le Judaïsme français conduit – fait remarquable ! – à ce que, dans les synagogues, à Shabbat et lors des offices des grandes fêtes, des prières s’élèvent pour la France en demandant que celle-ci « vive heureuse et prospère, qu'elle soit forte et grande par l’union et la concorde et conserve son rang glorieux au sein des nations ». Ces prières demandent également que « la France, berceau des Droits de l'Homme défende en tout lieu et en tout temps le droit et la liberté ».

 

Cette France émancipatrice a fait venir les Juifs orientaux – je le dis ici tout particulièrement à Marseille – ; elle a fait venir les Juifs d’Europe de l’Est fuyant les persécutions ; elle a enfin été pour les Juifs d’Afrique du Nord une patrie pour laquelle obtenir la naturalisation constituait une grande fierté.

 

Cette France pourtant, un jour, a trahi cette confiance et ce, de la manière la plus coupable. Le Camp des Milles qui sera accessible à l’été 2012 sera à ce titre un lieu utile pour un devoir que devons accomplir avec ténacité et assiduité celui de la Mémoire et de l’éducation, en particulier des jeunes générations. La Shoah est une tâche indélébile de notre histoire.

 

Le lien entre le Judaïsme et la France est bien connu. Il m’apparaît cependant nécessaire de le rappeler, ce soir, pour bien prendre la mesure de l’enjeu : si les communautés juives de France venaient à douter aujourd'hui, après plus de deux siècles d'intégration continue, ce serait un grand mal pour notre pays et l'expression d'un terrible échec pour notre République.

 

Une République avec laquelle le CRIF entretient un lien d’une intensité toute particulière. Né de la Résistance et au moment où la France n’était plus elle-même, le CRIF est l’émanation de toutes les organisations juives qui ont mis en place les réseaux clandestins de lutte contre l’occupant et ont apporté assistance aux Juifs menacés par les persécutions. Le CRIF a contribué à restaurer l’âme et la dignité de notre pays, et à y faire renaître des valeurs et des principes essentiels.

 

Ce soir, je veux rendre hommage à la diversité des associations qui composent le CRIF Marseille-Provence et qui mènent des actions dans un champ très large couvrant les questions de culte, de culture, de savoir, d’éducation, de solidarité, ou encore de développement économique. Vous êtes les représentants d’une communauté en mouvement, traversée par des divergences d’opinion – certes, quelle communauté ne l’est pas ? – mais qui se retrouve sur l’essentiel : les valeurs du Judaïsme.

 

Le fait d’être à la fois des Juifs en diaspora et également profondément attachés à la France, ne saurait empêcher que des liens particuliers vous unissent à Israël. La situation de Marseille, porte ouverte sur la Méditerranée, ne peut que vous alerter davantage sur ce qui se passe là-bas au Proche Orient.

 

Je veux ici le redire : l’Etat d’Israël, foyer spirituel de tous les Juifs, existe et existera. Pour cela, la sécurité de l’Etat hébreu doit être garantie. Il convient de rappeler cette règle essentielle : jamais la terreur ne peut servir la construction d’une paix. Seules les voies de la négociation doivent être explorées afin d’aboutir – enfin ! – à l’existence d’un Etat d’Israël aux frontières reconnues et vivant en paix au côté d’un Etat palestinien démocratique et respecté.

 

La Méditerranée, lieu d’échanges et de tant de brassages a besoin que la paix s’installe complètement en son sein.

 

Dans cet espace méditerranéen, berceau de civilisation, la France a sa singularité qui repose essentiellement sur la place déterminante qu’elle a donnée au principe de laïcité.

 

Une laïcité qui doit être comprise non pas comme l’ignorance du fait religieux mais comme la reconnaissance des croyances et des spiritualités qui se rangent sous un idéal commun de respect, de tolérance et de citoyenneté.

 

C’est cette hiérarchie qui est la condition première de notre vivre-ensemble. Aucune religion n’est supérieure à l’autre, toute spiritualité, qui est avant tout un chemin personnel vers des questions pour lesquelles la République n’a pas et ne doit pas avoir de réponse, doit être respectée mais aussi laissée à la sphère privée. Je serai l’un des garants vigilants de cette séparation salutaire.

 

Laïcité et liberté de conscience sont des piliers de notre République. Aussi faut-il rappeler cette exigence de laïcité mais dire également combien la laïcité doit être exigeante.

 

J’entends y veiller au quotidien.

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