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Publié le 4 Décembre 2019

Europe/Mémoire - Angela Merkel à Auschwitz pour la première fois

Vendredi 6 décembre, la chancelière sera la troisième, après Helmut Schmidt et Helmut Kohl, à faire le déplacement dans le camp d’extermination nazi, peu avant les 75 ans de sa libération en janvier 1945.

Publié le 4 décembre dans La Croix

C’est la première fois en 14 ans de pouvoir. Deux mois après l’attaque d’une synagogue à Halle, dans un contexte de résurgence de l’antisémitisme en Allemagne, la chancelière Angela Merkel doit rendre une visite officielle, vendredi 6 décembre, dans le camp d’extermination d’Auschwitz. Elle observera une minute de silence devant le Mur de la mort où furent fusillés des milliers de détenus, avant de se rendre à Birkenau, à trois kilomètres de là.

Sillage historique

Depuis qu’elle dirige le pays, la fille de pasteur n’a pas été avare en gestes symboliques, visitant tour à tour Ravensbrück, Dachau et Buchenwald. Elle a visité à cinq reprises le Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem.

En se rendant à Auschwitz, la chancelière fait sans doute face au lieu le plus emblématique de la Shoah. Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques avaient libéré le camp d’extermination. Depuis 1996, chaque 27 janvier, l’Allemagne rend hommage aux victimes de l’holocauste. Et depuis 2002, la communauté internationale commémore à cette même date l’ensemble des crimes contre l’humanité.

Angela Merkel se place dans le sillage d’Helmut Schmidt et d’Helmut Kohl, les deux autres chefs de gouvernement à faire cette visite officielle, alors que la politique symbolique est d’ordinaire dévolue au président de la République fédérale (aujourd’hui Frank-Walter Steinmeier). L’histoire retient aussi l’image de Willy Brandt s’agenouillant en 1970 devant le mémorial des morts du ghetto de Varsovie.

Contre l’extrême-droite et l’oubli

« La ligne politique ne bouge pas. Ce qu’il y a de nouveau, c’est le contexte », explique Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l’Allemagne contemporaine à Sorbonne Université. « Il y a toujours la volonté de marquer la responsabilité de l’Allemagne dans le plus grand drame du XXe siècle, à un moment où on mesure mieux le potentiel de l’extrême droite, et où les connaissances historiques sont moins bonnes, avec des lacunes importantes y compris sur la période du nazisme ».

Le parti d’extême-droite AfD, qui siège depuis deux ans au Bundestag, prône la fin de la culture du repentir. Certains de ses cadres minimisent ou relativisent les crimes nazis. Le président de groupe au parlement, Alexander Gauland, a ainsi provoqué un scandale, en juin 2018, en affirmant que l’ère nazie n’était qu’une « petite tache de merde d’oiseau dans plus de 1 000 ans d’histoire glorieuse ».

Derniers témoins

Les survivants d’Auschwitz, où 1,1 million de personnes furent éliminées entre 1940 et 1945, sont de moins en moins nombreux pour témoigner, après la disparition de grands noms comme la Française Simone Veil (2017) ou l’Américain Elie Wiesel (2016).

« Oui j’ai peur que (l’Histoire) ne se répète », a récemment déclaré Esther Bejarano, 94 ans, une des dernières rescapées, dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. C’est pourquoi Angela Merkel, qui répond à l’invitation de la Fondation Auschwitz, sera accompagnée d’un survivant lors de sa visite, en plus de son homologue polonais, Mateusz Morawiecki.

Soixante-quinze ans après la fin de la guerre, on estime à 250 000 la population juive du pays dont 100 000 sont liées à des instances religieuses. Mais selon une enquête du Congrès juif mondial (WJC), 27 % des Allemands auraient des préjugés sur les Juifs.

Les actes antisémites sont en nette hausse en Allemagne. Selon la police allemande, 1 646 actes antisémites ont été recensés en Allemagne en 2018, une hausse de 9,4 % par rapport à 2017. Les violences antisémites sont, elles, passées de 37 à 62, faisant 43 blessés l’an dernier.

Insécurité

Le 27 janvier 2018, journée de la mémoire de l’Holocauste, Angela Merkel avait déjà dénoncé la résurgence naissante de l’antisémitisme en Allemagne, évoquant la « honte de voir qu’aucun établissement juif ne peut exister sans protection policière, qu’il s’agisse d’une école, d’un jardin d’enfants ou d’une synagogue ».

La chancelière a également soutenu la création d’un poste de commissaire à l’antisémitisme dans le gouvernement. Felix Klein a pris ses fonctions avec pour mission de « rendre le problème de l’antisémitisme plus visible ». C’était chose faite, le 25 avril 2018, alors que tous les Berlinois étaient invités à porter la kippa. Un geste inédit pour « mobiliser une large partie de la population » contre l’antisémitisme.

Un peu plus d’un an plus tard, Felix Klein faisait un aveu d’échec : « Je ne peux pas conseiller aux juifs de porter la kippa partout et tout le temps en Allemagne ».