Lu dans la presse
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Publié le 22 Juin 2020

Europe/Mémoire - À Kiev, un projet de mémorial controversé propose de se mettre dans la peau des bourreaux nazis

En Ukraine, le projet d'un cinéaste russe sur le futur musée de Babi Yar, lieu d'exécution massive de milliers de juifs en 1941, créé la polémique : chaque visiteur, billet en main, pourrait ainsi faire l'expérience virtuelle de se mettre dans la peau des victimes ou de leurs bourreaux.

Photo : Mémorial de Babi Yar à Kiev (Ukraine), où plus de 34 000 juifs ont été massacrés en 1941 © AFP / Sergii Kharchenko / NurPhoto

Publié le 14 juin sur le site de France Inter

Le projet du futur musée de Babi Yar dans la capitale ukrainienne a crée une polémique qui risque de rebondir aujourd’hui à l’occasion de la présentation par son concepteur, le cinéaste russe Ilya Khrzhanovsky : haut lieu de mémoire de la Shoah par balles en Europe de l’Est, Babi Yar a vu l’exécution en septembre 1941 de plus de 34 000 juifs soviétiques en 36 heures par les nazis et leurs supplétifs.

À l’origine de ce projet pour le moins décrié,  Ilya Khrzhanovsky est aussi le réalisateur de la déjà très critiquée série de films "DAU"  avec ses 30 heures de tableaux sur la dictature soviétique. Cette série fait actuellement l’objet d’une enquête pour avoir notamment employé sur des scènes jugées extrêmes, les enfants d’un orphelinat .

Cette fois, Khrzhanovsky, en charge du développement du musée de Babi Yar, envisage, à l’aide de techniques vidéo et numériques, de mettre les visiteurs du futur musée dans la peau des bourreaux ou des victimes de Babi Yar. 

Ainsi, chaque possesseur d’un billet d’accès au site, pourra être classé dans l’une ou l’autre catégorie, après avoir répondu à un formulaire sur ordinateur. Le port de lunettes de réalité virtuelle sera également proposée dans le but de permettre au public de mieux capter le ressenti des victimes ou des bourreaux de l’époque des massacres de Babi Yar.

"Ça n'a pas de sens, c'est un cimetière"

Une pétition émanant du monde culturel ukrainien a été lancée au printemps en pleine période de confinement à Kiev. Elle demande la révision du projet de Khrzhanovsky. Mais l’intéressé se défend et soutient l’idée d’un public le plus possible en immersion avec ce qu’il vient essayer de comprendre. Il considère notamment que l’histoire du lieu est tellement terrifiante, que sa visite, selon lui, ne peut pas ne pas être terrifiante… De leur côté, les représentants de la communauté juive marquent de leur réprobation, à l’image de Bolislav Kapultin, l’un de ses porte-paroles à Odessa : "Si on doit visiter un tel musée en regardant le show, et si on veut poursuivre des objectifs éducatifs, ça n’a pas de sens. C’est un cimetière. Il faut le laisser en paix. Il faut faire comme les musées par exemple à Berlin ou à Washington".  

Rien n’est encore acté comme l’indique Khrzhanovsky lui-même. Le projet, programmé pour une réalisation en 2025, coûtera environ 100 millions de dollars. Et ses principaux financeurs auront leur mot à dire. Surtout l’un d’entre eux, celui qui a embauché Ilya Khrzhanovsky, l’oligarque Mikhail Fridman, banquier de profession, fondateur du congrès juif russe, qui possède également les nationalités ukrainienne et israëlienne

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