Lu dans la presse
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Publié le 11 Mai 2020

France/Antisémitisme - Le terroriste de Colombes, de l’antisionisme à la haine des «flics»

Youssef Tihlah n’était pas un inconnu pour les services de police. Et ce dans des circonstances qui éclairent son parcours.

Publié le 10 mai dans Le Figaro

De l’antisionisme à l’antisémitisme, de l’antisémitisme au terrorisme et à la haine des «flics» et de la France… À mesure qu’il se précise, le profil du terroriste de Colombes (92), qui a fauché trois policiers le 27 avril, confirme que les fous de Dieu professent depuis des décennies les mêmes détestations (des mécréants et des «mauvais» musulmans, des «croisés», des Juifs, de la France et de ses représentants…). S’il est établi que Youssef Tihlah, né à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et âgé de 29 ans, était inconnu des services antiterroristes, l’homme n’est en effet pas un inconnu pour les services de police. Et ce dans des circonstances qui éclairent son parcours.

En mars 2014, Youssef Tihlah est interpellé pour outrage à agent. Il fait alors l’objet d’un rappel à la loi. Particularité, le jeune homme a hurlé «Vive Hitler!» lors de son interpellation. Survenant deux ans après les tueries de Mohamed Merah et l’attentat islamiste contre une épicerie juive de Sarcelles, le cri est pour le moins significatif.

Cinq mois plus tard, Tihlah a de nouveau affaire aux forces de l’ordre. En juillet 2014, il est interpellé à Paris pour participation délictueuse à un attroupement. Et pas n’importe lequel. En cet été 2014, une guerre oppose l’État hébreu aux forces palestiniennes (Hamas et Djihad islamique notamment) dans la bande de Gaza. Des manifestations propalestiniennes sont organisées en Europe et en France. Et les choses tournent mal à Paris et à Sarcelles, où vit une importante communauté juive. À Paris, on entend des cris de «mort aux Juifs». Des manifestants veulent s’en prendre à deux synagogues, d’autres disent vouloir rosser «les Feujs du Marais». Certains, souvent hilares, font des «quenelles» (salut au fort relent antisémite inventé par Dieudonné) ou des saluts nazis. À Sarcelles, le 20 juillet, la synagogue est menacée, des commerces juifs et chaldéens sont brûlés. À l’époque, le premier ministre condamne les heurts et assure que la France ne «tolérera jamais que l’on essaie par la violence des mots ou des actes d’importer sur son sol le conflit israélo-palestinien».

Un extrémiste discret

Youssef Tihlah n’a pas été inquiété pour ces violences franciliennes mais son «Vive Hitler!» du printemps semble bien trahir ses préférences. Aurait-il pu être fiché à l’époque? «Rien ne le justifiait et ne le permettait, explique une source policière, et de toute façon il n’a posé aucun problème depuis 2014 et une surveillance éventuelle n’aurait jamais été maintenue.» Youssef Tihlah est en effet un extrémiste discret et surtout très solitaire. Depuis 2008, il est devenu un «expert» du conflit israélo-palestinien. À partir de 2012, il s’intéresse aussi au Mali, au Sahel, et à l’intervention militaire française dans cette région du monde.

Toujours en solitaire : quelques jours avant de passer à l’acte, il circule dans sa banlieue et hésite devant plusieurs « objectifs » policiers.

Son entourage, y compris le plus proche, affirme ne pas avoir soupçonné sa radicalisation. Les services de renseignement qualifient sa pratique religieuse apparente de «modérée». Il regardait des vidéos sur la Palestine disponibles sur les plateformes grand public. «En réalité, note une source proche du dossier, il voulait depuis des années prendre part au djihad mondial.» Toujours en solitaire: quelques jours avant de passer à l’acte, il circule dans sa banlieue et hésite devant plusieurs «objectifs» policiers, ce qui au passage signe la préméditation. Avec les moyens du bord, il a rédigé son serment d’allégeance sur… un formulaire d’autorisation de sortie pendant le confinement. Il y est écrit qu’il veut se lancer «à corps perdu dans la bataille pour imposer la charia sur l’ensemble de la terre». En garde à vue, il explique aussi avoir visé des policiers, mais pas des civils, «en représailles à la situation en Palestine». Dans son esprit, le lien était donc fait entre les affrontements israélo-palestiniens et des motards de la police nationale en contrôle confinement dans les Hauts-de-Seine. Une «logique» improbable venue tout droit de ses engagements de 2014.

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