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Publié le 15 Avril 2019

Israël - Elections : Retour sur les résultats des élections législatives israéliennes

L'opposition parlementaire n'aura pas la tâche facile.

Publié le 15 avril sur i24News

Impressionnante, l'ampleur de la victoire du Likoud aux élections du 9 avril dernier l'est encore davantage si on se livre à un petit exercice de politique comparée. Il est en effet rare de trouver, dans l'histoire récente des régimes démocratiques, un exemple de parti se maintenant au pouvoir sur une aussi longue période, et il est plus rare encore de constater que les scores électoraux de ce même parti ne cessent quasiment de progresser, de scrutin en scrutin. Jamais le Likoud n'avait obtenu autant de sièges depuis que Binyamin Netanyahou est revenu au pouvoir en 2009. 36 mandats, soit un de plus seulement que la liste centriste Bleu-Blanc, et il s'agit là aussi d'une performance remarquable. Il faut remonter jusqu' aux législatives de 1996 pour trouver l'exemple d'une liste opposée au Likoud ayant obtenu un nombre aussi élevé de sièges. 

36 mandats pour le Likoud, 35 pour ses adversaires centristes. Les deux plus grands partis totalisent à eux deux 71 députés sur les 120 que comptent la Knesset. Presque une bipolarisation, après une longue période de morcellement grandissant de la représentation politique. C'est essentiellement la conséquence d'une campagne personnalisée à l’extrême, polarisée autour de la seule question du maintien de Benyamin Netanyahou au pouvoir. Un très grand nombre d'électeurs ont voté en fonction de leur seul refus de voir le premier ministre se maintenir au pouvoir : c'était là le seul véritable point commun entre les candidats, venus d'horizons idéologiques très différents, de la liste Bleu-Blanc. 

Un nombre plus important encore d'électeurs a voté en fonction de leur seul désir de voir Netanyahou se maintenir au pouvoir. 

Face à cette polarisation autour de la personne du premier ministre, les partis défendant une plate-forme plus idéologique ont réalisé de bien piètres performances : à gauche le Meretz s'est affaibli et le parti travailliste s'est effondré, en face ni la ''Nouvelle droite'' ni le parti nationaliste et libertarien Zehout ne sont parvenus à franchir le seuil d'éligibilité. Mis à part le Likoud et le Bleu-Blanc, seules les formations sectorielles ont tiré leur épingle du jeu, à des degrés divers : les deux partis ultra-orthodoxes, l' ''union des partis de droite'' qui représente le monde sioniste religieux, le ''Israël Beitenou'' essentiellement soutenu par les russophones, et dans une moindre mesure les deux listes censées défendre les intérêts des Arabes israéliens, affaiblies toutefois par la baisse du taux de participation dans ce secteur. 

Cela dit cette concentration de la campagne et du scrutin autour de la question du maintien au pouvoir de Benyamin Netanyahou a été profitable au premier ministre lui-même. Les partis qui composent le bloc de droite se sont tous prononcés, pendant la campagne, en faveur de sa reconduction à la tête du gouvernement. Leurs électeurs ont donc fait leur choix en connaissance de cause, et la performance du Likoud ne laisse que peu de place au doute concernant la préférence de la majorité des Israéliens. On aurait pu penser que la longévité de Netanyahou au pouvoir, et, surtout, les graves soupçons de malversations et de corruptions qui pèsent sur lui risquaient de porter sévèrement atteinte à ses chances de réélection. Il n'en a rien été, et il se peut même que les ennuis judiciaires du président du Likoud aient renforcé la popularité dont il jouit dans de larges pans de l'électorat. Car la méfiance envers les élites, notamment judiciaires et journalistiques, reste un puissant levier de mobilisation pour de nombreux partisans du Likoud et de la droite ; Benyamin Netanyahou a su en tirer profit, en provoquant avec l'habileté qu'on lui connaît de forts sentiments d'identification chez de nombreux Israéliens, appartenant pour l'essentiel aux classes populaires.

Il faut rappeler ici que bien avant que ce soit le cas dans les démocraties occidentales, le paysage politique israélien avait ceci de particulier que la gauche y était soutenu, essentiellement, par les classes aisées et la droite par les milieux populaires, Arabes israéliens exceptés. Un phénomène qui ne s'est jamais démenti, et qui s'est même accentué au cours de ces dernières années. L'électorat du Likoud et de ses alliés s'apparente, aujourd'hui encore, à une coalition de tout ceux qui s'estimaient, à tort ou à raison, délaissés et mis de coté par le vieil establishment travailliste, dominant pendant les trois premières décennies de l'Etat. La majorité des Israéliens originaires du monde arabo-musulman et leurs descendants, la grande majorité des Israéliens originaires des anciennes républiques soviétiques, et leurs enfants, l'écrasante majorité des membres des divers tendances religieuses juives, sionistes ou ultra-orthodoxes : tous assurent une majorité démographique confortable et presque structurelle à la droite. Et le succès du Likoud semble prouver qu'ils sont, parmi ces différents groupes, de plus en plus nombreux à délaisser les partis sectoriels au profit de celui du premier ministre. 

La performance électorale de ce dernier s'explique aussi, naturellement, par ses talents de politicien, par sa capacité maintes fois démontrée à saisir les tendances de fond qui traversent la société israélienne et à en tirer le maximum d'avantages politiques. Netanyahou est également parvenu à convaincre un nombre grandissant d'électeurs que lui seul, dans le paysage politique actuel, est capable de relever les défis qu'Israël doit relever. Bilan macro-économique positif, conflit avec les Palestiniens maintenu, bon an mal an, à un faible niveau d'intensité, stature internationale d'Israël renforcée...De très nombreux Israéliens tendent à attribuer ces développements au premier ministre et à lui seul, quitte à sous-estimer certaines réalités moins réjouissantes, notamment dans le domaine social. Donald Trump, Jaïr Bolsonaro et Vladimir Poutine semblent avoir accepté de bonne grâce de parachever cette évolution, en prêtant main forte, au cours de la campagne électorale, à leur partenaire et ami Netanyahou. Il s'agit l)) d'un cas flagrant d'ingérence dans les affaires politiques internes d'Israël, ont affirmé de nombreux commentateurs. Accusation fondée mais qui a très peu pesé , pour l'électorat, face à la nouvelle démonstration de la qualité des relations entretenus par le chef du gouvernement avec certains des leaders internationaux parmi les plus centraux. 

Données démographiques favorables, confiance majoritaire envers le bilan et la personne de Benyamin Netanyahou, auxquelles il convient d'ajouter, pour mieux comprendre la signification des résultats du scrutin, une ''droitisation'' de la société qui n'est pas sans rappeler certaines évolutions similaires dans d'autres démocraties. Jamais auparavant le terme ''droite'' n'était d'ailleurs apparu aussi fréquemment dans les appellations et les slogans des différentes formations politiques. Un contexte qui, ajouté à l'attrait pour le ''vote utile'' dans l'électorat traditionnel du parti travailliste, permet de mieux comprendre l'effondrement électoral de la gauche. Or la vitalité de l'opposition, en Israël comme ailleurs, est essentielle à celle de la démocratie. Entre une gauche réduite à sa plus simple expression et un parti ''centriste'' conçu davantage pour prendre et exercer le pouvoir que pour affronter l'équipe en place, l'opposition parlementaire n'aura pas la tâche facile.

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