Lu dans la presse
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Publié le 24 Janvier 2020

Négationnisme/Justice - Audience surréaliste au procès d'Alain Soral

L'examen de la validité du mandat d'arrêt délivré contre Alain Soral est renvoyé au 28 mai pour une raison inattendue. Explications.

Publié le 23 janvier dans Le Point

Coup de théâtre à la cour d'appel de Paris à l'audience du 22 janvier. Les magistrats devaient examiner la validité du mandat d'arrêt délivré contre Alain Soral. Ils ont interrompu les débats plus de quatre heures après leur ouverture et alors que les avocats des parties civiles avaient commencé à plaider. Un événement rarissime ! Retour sur une étrange histoire. Les débats avaient commencé par l'examen d'un autre volet de cette affaire : la condamnation en première instance de Damien Viguier, l'avocat du fondateur du site complotiste d'extrême droite Égalité et Réconciliation (E & R).

Devait suivre, dans la foulée, l'examen par les juges du bien-fondé de la décision prise par la 13e chambre du tribunal de grande instance de Paris de faire rechercher Alain Soral, fugitif depuis qu'il a été condamné dans plusieurs dossiers : pour des injures à magistrat ; pour un dessin antisémite ; pour un clip de rap xénophobe et pour une vidéo où il s'en prenait à la panthéonisation de Simone Veil suintant la haine raciale. Les juges n'auront pas eu le temps de se pencher sur cette question.

« Après l'examen des arguments procéduraux présentés par les trois avocats de Damien Viguier, l'interrogatoire de l'accusé et ma déposition, les plaidoiries des parties civiles ont été interrompues lorsque l'une des deux magistrates siégeant aux côtés de la présidente de la cour d'appel s'est rappelé qu'elle avait pris part au jugement d'Alain Soral pour le dessin antisémite qui était évoqué », pointe l'historien Marc Knobel, qui assistait à l'audience. Les témoins de ce procès ont alors eu la surprise de voir la cour se retirer pour examiner la question de savoir si cet élément était de nature à remettre en cause leur impartialité. Par mesure de précaution, ils ont décidé de renvoyer l'affaire au 28 mai. La cour sera alors composée d'autres magistrats.

Le public avait déjà été étonné de voir s'asseoir, au début de l'audience, dans les bancs du public le sosie de Robert Faurisson, décédé en octobre 2018. « On a eu l'impression de voir un fantôme surgir. C'était saisissant », explique un spectateur. C'était en réalité le frère de l'historien révisionniste, accompagné de sa sœur, venus apporter leur soutien à l'ex-avocat de leur frère. Il est vrai que Damien Viguier avait battu le rappel sur son compte Twitter, signalant l'heure et le lieu du procès. (Voir le tweet ci-dessous).

« Traditionnellement, les supporteurs de Soral viennent en masse assister à ses procès, qui se transforment souvent en meetings politiques. Là, nous avons eu la surprise de ne voir venir, dans le public, que sept ou huit de ses soutiens », émet Marc Knobel. Interrogé par la cour, Damien Viguier, inscrit au barreau de Paris et de Genève, et qui avait été condamné en première instance, le 15 avril 2019, pour avoir publié sur Internet un texte faisant l'apologie d'historiens « révisionnistes » au sein desquels figure Robert Faurisson, dont il a été le conseil dans de nombreux procès, n'a pas été applaudi. Contrairement aux audiences où Alain Soral avait comparu, dans le passé, et où les bancs du public étaient largement occupés par ses amis.

Damien Viguier n'a pas donné suite à notre demande d'entretien. Mais il fonde son appel sur le fait que l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 prévoit que « ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux ». Les avocats de Damien Viguier ont largement développé cet argumentaire, avançant le fait que l'écrit en cause est celui de la plaidoirie qu'il a prononcée en défense de son client, dans une affaire de dessin antisémite (qui a d'ailleurs valu une condamnation à de la prison ferme à Alain Soral).

Les parties civiles, le MRAP, la Licra et l'UEJF leur ont répliqué que ce texte n'a pas seulement été prononcé en audience, mais a été été reproduit sur le site E & R. « Un avocat ne bénéficie pas d'une immunité totale. Lorsqu'il se comporte en militant, comme le fait Damien Viguier en participant activement au mouvement soralien, il a une responsabilité et peut avoir à répondre de ses actes », a précisé à la barre Marc Knobel. Comme Gérard Guillot, avocat de Damien Viguier, présentait son client comme « victime » d'un puissant système ayant déjà obtenu que ne puisse plus se produire sur scène le comédien Dieudonné, l'historien a répliqué : « À ma connaissance, les seules victimes, dans cette affaire, sont les personnes qui ont été assassinées dans les camps de la mort et sur qui continuent de cracher les négationnistes. »

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.