Tribune
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Publié le 13 Décembre 2010

Lorsque Marine Le Pen fait du Jean-Marie Le Pen!, par Marc Knobel

En pleine campagne interne pour la présidence du Front national, vendredi soir 11 novembre 2010 à Lyon, Marine Le Pen a évoqué "les prières de rue" des musulmans, en faisant une comparaison qui est parfaitement déplacée et particulièrement ignoble avec la période de l’Occupation nazie : « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire", a-t-elle dit. « C'est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s'applique, c'est une occupation. Certes il n'y a pas de blindés, il n'y a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants », a poursuivi Mme Le Pen dans le fief de son concurrent, Bruno Gollnisch. Décidément, dans la famille Le Pen on est très focalisé sur cette période de l’histoire et l’on ramène tout ou presque à l’Occupation (ou aux chambres à gaz) :




- En septembre 1987, Jean-Marie Le Pen a déclaré sur RTL que les chambres à gaz nazies étaient « un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale ». La justice l'avait condamné sur le fond à 1,2 million de francs (183.200 euros) d'amende, lui reprochant d'avoir « commis une faute » en « banalisant » les persécutions infligées par les nazis. Il a à nouveau réduit la Shoah à un "détail", le 5 décembre 1997 à Munich.



- En septembre 1988, parlant dans un discours public du ministre de la Fonction publique Michel Durafour, Le Pen a fait un jeu de mots avec « Durafour crématoire ». Ces propos lui ont valu d'être condamné à 10.000 francs d'amende (1.524 euros) pour « injure publique envers un ministre ».



- Le 26 août 2004, Le Pen a protesté auprès du président de Parlement européen Josep Borrell contre la condamnation par ce dernier de la « remise en cause » de l'existence des chambres à gaz par Bruno Gollnish, député européen et numéro deux du FN. Il a exigé par écrit "une amende honorable publique" de M. Borrell.



- Le 12 janvier 2005, Jean-Marie Le Pen a estimé que « l'occupation allemande (en France) n'a pas été particulièrement inhumaine » et qu'"il y aurait beaucoup à dire » sur le massacre d'Oradour-sur-Glane, village de Haute-Vienne théâtre d'un massacre devenu un symbole de la barbarie nazie.



- Août 2008 : Le leader du FN a qualifié à nouveau les chambres à gaz de "détail de l'histoire" dans le magazine Bretons.



- Août 2010 : Jean-Marie Le Pen, entouré de plusieurs dirigeants politiques d'extrême-droite, a visité à Tokyo le sanctuaire de Yasukuni, qui honore la mémoire des soldats tombés pour le Japon lors de la Deuxième Guerre mondiale ainsi que celles de quatorze criminels de guerre condamnés par les Alliés. « Cela ne me gène pas d'honorer les anciens combattants d'un pays adversaire ou ex-ennemi », avait déclaré le leader du Front National. « Le criminel de guerre n'est pas une exclusivité des vaincus. Il y en a aussi parmi les vainqueurs », avait-il dit en évoquant les bombes atomiques larguées par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945. « Des gens qui décident de tuer des centaines de milliers de civils pour obtenir la capitulation militaire du pays, ne sont-ils pas eux aussi des criminels de guerre? », a-t-il ajouté.



Dérapages sur dérapages, Jean-Marie Le Pen n’a pas cessé de distiller son venin. C’est ainsi probablement que la lepénisation des esprits a progressé peu à peu dans notre pays et dans la classe politique, de provocations en provocations et de dérapages en dérapages. De fait, ceux et celles qui pensent que Marine Le Pen se distinguerait de son père, qu'elle ferait plus "light", par exemple, sont d’une incroyable naïveté et de mauvaise fois.



Photo : D.R.