Tribune
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Publié le 22 Mai 2012

BDS: faut-il tolérer l'intolérance?

Par Jonathan De Lathouwer

 

Nous publions ici le remarquable texte d'un étudiant à l'ULB à la suite de la reconnaissance officielle du collectif BDS par l'ULB, université qui a toujours été au premier plan des manifestations antiisraéliennes.

 

Cette situation ne s'est produite en France, nous espérons profondément qu'elle ne se produira pas et nous ferons tout pour l'éviter. Mais autant être averti. Le texte de Jonathan de Lathouver expose bien le problème: la revendication de liberté d'expression est un leurre  utilisé par les pires sectaires  adversaires de la liberté d'expression, suivant des formules bien connues dans l'histoire des totalitarismes. Ce qui s'est passé récemment à l'Université Toulouse le Mirail (voir là-dessus le témoignage de l'UEJF) en est une préfiguration. Nous n'avons pas le droit à l'angélisme. Cet article est une mise en garde.

 

Richard Prasquier

Président du CRIF

Ce lundi 21 mai, le conseil d’administration de l’ULB a finalement pris la décision de reconnaitre BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) comme cercle étudiant.

 

En tant qu’étudiant de l’ULB et défenseur du principe du Libre Examen, cette décision m’indigne.

 

BDS a déjà fait la preuve sur notre campus et en dehors de son fanatisme et de sa haine envers tout ce qui touche à Israël et à ceux qui ne l'exècrent pas ou ceux qui simplement défendent le droit à l’existence de cet état et à la sécurité de ses citoyens.

 

Le fanatisme de cette organisation va de pair avec son refus du débat contradictoire. Lors de ses opérations de distributions de tracts, les membres du BDS refusent le dialogue avec les “sionistes” en fait tout contradicteur.

 

La campagne BDS ULB a selon sa déclaration de principes « pour objet la sensibilisation et la mise en débat du conflit israélo-palestinien au sein de la communauté universitaire et plus largement dans les milieux académiques en Belgique via l’organisation de conférences/débats, etc. » Elle préconise également « un boycott des institutions sur les plans économique, académique et culturel qui cultivent des liens et collaborent avec la colonisation, quelle que soit leur nationalité.  […] L’idée étant de construire des ponts et de soutenir les forces progressistes en Israël en construisant un large soutien de la communauté internationale. Ces liens ne pouvant se renforcer qu’en élargissant les espaces de liberté, la liberté académique et la liberté d’opinion en Israël comme en Palestine. »

 

Le BDS parle de boycott de “ceux qui collaborent avec la colonisation”, il y a une ambiguïté volontaire entre “les colons idéologiques” qui s’implantent en Cisjordanie et le simple citoyen israélien vivant dans les frontières de 1967: en fait pour le BDS, tout Israélien est un “colon”, qu’il vive à Tel-Aviv ou à Hébron, qu’il soit né dans le pays ou récemment immigré. Le boycott préconisé par le BDS vise donc toutes les institutions israéliennes “académiques” et “culturelles”, c’est  à dire les universitaires professeurs comme étudiants, les écrivains comme les cinéastes, les sportifs comme les chercheurs scientifiques: tous sont “israéliens”, donc tous liés avec ou contre  gré avec la “colonisation de la Palestine”.

 

Mais que veut dire exactement l’expression “ cultivent des liens et collaborent avec la colonisation, quelle que soit leur nationalité.” ? Étant donné que près de la moitié du peuple juif se trouve en Israël, il est rare qu’un juif n’ait pas de lien familial avec des Israéliens. En fait cette formulation vise bien la quasi-totalité des juifs ainsi que les personnalités accusées de “complaisance” envers “les sionistes”.

 

Lorsque le BDS parle de renforcer les liens avec les “forces progressistes”, il ne vise pas les forces pacifistes en Israël comme le mouvement “La Paix Maintenant” , le parti de la gauche pacifiste Meretz, les libéraux soutenant la création d’un état palestinien à côté de celui d’Israël, tous opposés à la colonisation en Cisjordanie, non ces Israéliens-là sont boycottés comme les autres. Il s’agit plus prosaïquement de soutenir les quelques rares personnalités israéliennes soutenant la disparition de l’état israélien.

Au sein de Notre Alma Mater, est-il normal d’accorder  une reconnaissance et une honorabilité à une organisation dont  la finalité  est de faire la promotion d’un boycott, d’une censure et d’entraves aux libertés d’expression d’une partie de l’humanité parce qu’ils seraient étudiants, artistes, écrivains, professeurs, tout simplement citoyen d’un état démocratique haï?

 

La critique sans limites de toute politique y compris celle du gouvernement israélien est légitime. Mais nous est-il permis de laisser certains étudiants de notre Université en mettre d’autres au pilori en raison non pas de ce qu’ils pensent, mais simplement parce qu’ils sont israéliens.

 

Peut-on imaginer un cercle ulbiste boycottant les produits et étudiants turcs en raison de l’occupation d’une partie de Chypre par la Turquie ou sa politique envers la minorité kurde? un autre boycottant les étudiants et scientifiques chinois pour protester contre l’occupation du Tibet ?  Ou encore un autre boycottant les étudiants, écrivains et films américains pour protester contre l’impérialisme américain? Ou boycotter les étudiants hongrois pour la politique scandaleuse de leur gouvernement envers la minorité rom ? Ou les étudiants égyptiens et irakiens pour dénoncer les discriminations et persécutions dans leur pays de leur minorité copte ou chrétienne?

 

Au nom de la Liberté d’expression et du libre examen, doit-on tout tolérer? Est-il  acceptable de permettre à une forme d’extrémisme d’avoir cours sans entrave à l’ULB?  Il serait illusoire de penser que d’autres se chargeront de créer le débat ou qu’un courant de pensée libre-exaministe et démocratique pourra faire contrepoids à cette forme passionnelle d’intolérance. Dans un conflit si compliqué avec des victimes et des coupables de part et d’autre, le refus de l’écoute de l’autre et la pensée manichéenne doivent-ils être favorisés? Le boycott et l’exclusion peuvent-ils s’exercer aux dépens du rapprochement entre les peuples et de leur coexistence pacifique? Faut-il soutenir une organisation prônant le rejet de l’autre?

 

Permettre au BDS d’entretenir en permanence un climat de haine sur notre campus va à l’encontre même de nos principes fondamentaux.

 

Accepter les campagnes haineuses du BDS dans le cadre des activités estudiantines, c’est violer le principe même de la liberté d’expression (puisque permise à ceux qui imposent le silence à d’autres) et accepter la discrimination d’étudiants ou de professeurs en raison de leurs idées démocratiques et de leur origine.

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