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Tribune
Publié le 3 Avril 2013

L'Iran forme des milices pour l'après-Assad

 

Par Georges Malbrunot

 

Ces factions entraînées avec l'aide du Hezbollah défendront ses intérêts en cas de changement de régime.

 

Ses promoteurs l'ont pompeusement appelée «l'Armée du peuple» (Jaych al-Chaabi). Elle est composée de cinquante mille hommes environ, des Syriens pour la plupart, issus des minorités chiites, comme les Iraniens, ou alaouite, comme le président Bachar el-Assad, que tous ces supplétifs ont pour objectif immédiat de protéger face aux rebelles sunnites, qui cherchent à renverser le pouvoir à Damas.

 

Ces combattants ont été choisis parmi les Comités de défense populaire ou les chabihas, ces milices engagées aux côtés d'une armée qui ne peut plus combattre tous les fronts de la rébellion en même temps. Les meilleurs ont été entraînés par des membres du Hezbollah libanais et de la Force al-Qods, la branche extérieure des gardiens de la révolution iranienne, de plus en plus présents en Syrie pour soutenir Assad.

 

Cette «Armée du peuple» est apparue sur les radars américains en août dernier. Leon Panetta, secrétaire à la Défense, faisait état de signes indiquant «que l'Iran cherche à développer et entraîner une milice à l'intérieur de la Syrie pour combattre en son nom». Un mois après, le patron des gardiens de la révolution, le général Mohammad Ali Jafari, affirmait au cours d'une conférence de presse que son allié syrien «n'a pas besoin de soutien extérieur pour préserver la sécurité en Syrie, puisqu'il y a 50 000 hommes qui luttent à ses côtés au sein de l'Armée du peuple».

 

En décembre, cependant, les accusations sont devenues suffisamment précises pour que le ministère du Trésor américain inscrive le Jaych al-Chaabi sur la liste des entités syriennes sanctionnées. Depuis, Washington accuse la Force al-Qods «d'entraîner, de livrer des équipements et de financer à hauteur de plusieurs millions de dollars» cette milice pro-iranienne, bâtie sur le modèle des bassidjis, ces va-nu-pieds chargés de protéger la République islamique contre ses ennemis, comme ce fut le cas en 2009 après les manifestations populaires déclenchées par la réélection truquée de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République.

 

Ces derniers mois, le lent affaiblissement de l'appareil sécuritaire syrien a renforcé la main des Iraniens, désormais présents dans l'organisation de la sécurité de Bachar el-Assad lui-même

 

Outre des cadres du Hezbollah, les instructeurs sont également issus des mouvements chiites irakiens liés à l'Iran. Ce sont eux qui aident à la défense des villages chiites assiégés depuis plusieurs mois par des rebelles sunnites, comme à Zahra et Nabhoul au nord de la Syrie, dans la province d'Alep, où les fanions jaunes du Hezbollah ont fait leur apparition. Car au-delà du répit que cette milice peut offrir au dictateur, l'Armée du peuple a été conçue comme un vecteur de l'influence iranienne en Syrie, quand bien même Assad viendrait à perdre le pouvoir. Même si l'Iran écarte officiellement une telle hypothèse, le régime des mollahs, cynique, mais pragmatique, cherche à se constituer un réseau d'affidés prêts à défendre ses intérêts dans une Syrie dominée par des sunnites proches de l'Arabie saoudite et du Qatar, les deux bêtes noires de Téhéran dans le monde arabe.

 

L'Iran s'est déjà trouvé dans une situation semblable à partir de 2003, dans l'Irak de l'après-Saddam. À l'époque, elle avait noué des contacts avec une nébuleuse d'organisations, pas toutes chiites d'ailleurs, invitées à combattre l'occupant américain. En Syrie, il s'agirait d'aider une insurrection contre un pouvoir devenu hostile, aussi bien à l'égard de Téhéran que du Hezbollah, qui a besoin de Damas pour ses approvisionnements en armes. Et ce n'est sans doute pas un hasard si les choses s'accélèrent.

 

Ces derniers mois, le lent affaiblissement de l'appareil sécuritaire syrien a renforcé la main des Iraniens, désormais présents dans l'organisation de la sécurité de Bachar el-Assad lui-même, après avoir aidé à la professionnalisation des Comités de défense populaire, décidée par le président syrien au début de cette année. Auparavant, Téhéran avait offert son expertise en matière de contrôle d'Internet et de surveillance des communications, avant d'accélérer ces derniers mois le rythme des livraisons d'armes à Damas, via l'espace aérien irakien.

 

Cet entrisme accru de Téhéran est surveillé de près par les Israéliens, qui n'ont pas hésité à liquider en février Hassan Chateri, un des hommes clés de l'implication iranienne en Syrie et auprès du Hezbollah, tombé dans une embuscade sur la route entre Damas et Beyrouth. Haut responsable des gardiens de la révolution, Chateri était en liaison étroite avec Mohammad Reza Zahedi, le commandant de la force al-Qods à Damas, qu'il venait de rencontrer le 5 février. Juste avant de disparaître, quelques kilomètres plus loin, dans un traquenard.

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