Tribune
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Publié le 15 Juillet 2014

Pour qui se bat Israël?

Par Jacques Tarnero, publié dans le Huffington Post le 11 juillet 2014

Après avoir reçu des centaines de missiles sur son territoire, après avoir subi des actes terroristes incessants, Israël a décidé de frapper ceux qui empêchent ses habitants de vivre.Des roquettes tombent plus au Nord, sur le centre d'Israël menaçant le cœur du pays. 

Quel État supporterait une situation pareille sans cesse renouvelée? Quel État pourrait accepter sans coup férir que son sol reste sous la menace d'un feu ennemi discontinu? Quel peuple pourrait accepter de supporter cette menace sans réagir?

De bons esprits indignés avaient déjà dénoncé en 2006 la disproportion de la riposte israélienne dans une précédente offensive qui avait déjà pour objet de riposter à une précédente agression terroriste. Ces indignés minimisaient l'action du Hamas au prétexte que ses armes artisanales faisaient face à l'hyper puissance de l'armée d'Israël. Ainsi le mensonge factuel vise à transformer l'agresseur en victime comme si les fusées iraniennes fournies au Hamas correspondaient à ces armes que les pauvres inventent par désespoir. Cette stratégie, les États arabes puis les groupes palestiniens l'ont répétée inlassablement depuis soixante ans. Elle a fait long feu.

Israël s'est totalement désengagé de la bande de Gaza en 2005. Depuis cette date ce territoire est libre et le blocus dont il est l'objet aurait cessé du jour au lendemain si une volonté de paix s'était affirmée et s'il ne s'était pas plutôt transformé en base terroriste. Ce départ, non négocié par Ariel Sharon, du seul fait de la décision d'Israël s'avère avoir été une erreur parce qu’il n'obligeait en aucune manière une responsabilité palestinienne. De ce territoire libéré de toute présence juive, qu'est ce qu'en ont fait les Palestiniens ? Ont-ils choisi de construire un embryon d'État ? Après un coup d'État sanglant contre l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas en juin 2007 le Hamas fait de la charia et de sa charte la matrice de son projet. Cela n'interdira pas à Stéphane Hessel de lui trouver bien des charmes, au cours d'une visite en 2010. Pour l'indigné au grand cœur la cause était déjà entendue. Tout le monde peut prendre aujourd'hui la mesure de cette fable.

Il fut un temps, jusqu'à la fin des années 80, où le mouvement nationaliste palestinien disait combattre pour fonder une patrie. Avec les accords d'Oslo l'illusion d'une paix de compromis avait irrigué les espoirs de tous ceux pour qui la perspective de deux États pour deux peuples apparaissait la solution possible de cette guerre de Cent Ans ou de mille ans pour peu qu'on en lise l'histoire dans la politique ou bien dans la bible. Les paroles de paix étaient prononcées en anglais tandis que la guerre sainte se disait en arabe pour enflammer la rue arabe si friande d'exaltations furieuses. En Occident pour tous les borgnes idéologiques les révolutions arabes réactivaient le signal pavlovien qui fait se gaver d'illusions : l'avenir radieux se profilait à nouveau de Tunis au Caire sans voir que sous les pavés c'était la charia qui se profilait et non pas la plage. La fin de Kadhafi loin de porter la démocratie a mis en évidence un concept que l'on croyait oublié : c'étaient les tribus qui menaient la danse.

Pour avoir négligé de lire le monde arabe et celui né de l'islam sans tenir compte de ce que l'ethnologie avait pu révéler de ses constantes, la lecture progressiste a un réveil plutôt douloureux au constat de ses erreurs et se ses illusions idéologiques. Tous les islamologues avertis sont sensés connaître ce partage dans l'imaginaire politique de l'islam entre la sphère musulmane où règnent la paix et l'harmonie de la charia, parce que majoritairement peuplée de musulmans et la sphère de la guerre, celle qui est à conquérir, celle qui est polluée par les mécréants, les Croisés et les Juifs, c'est-à-dire l'Europe et la Palestine du Jourdain à la mer. Ne pas vouloir voir que la haine des Juifs est matricielle dans la lecture que le Hamas fait de l'islam est une considérable erreur d'appréciation de son idéologie. Elle est au cœur de la pensée islamiste et de ses épigones organisationnels. Le nazisme sans l'antisémitisme n'aurait été qu'un fascisme parmi d'autres. Tous les divers attendus de la stratégie de cet islam ont déjà été pensés et exprimés : la takia conseille d'avancer masqué pour dissimuler la réalité de son projet. Arafat était un virtuose de cette pratique : les mots de la paix dits en anglais et le jihad dit en arabe. Depuis douze ans le Hamas pratique une alternance de trêves et d'agressions, la hudna, conseille cette tactique de guerre qui permet de se réarmer en simulant la paix.

L'idéologie du Hamas, son programme, écrit en toutes lettres dans sa charte n'a qu'un seul but : l'anéantissement d'Israël et l'assassinat des juifs. Le Hamas n'est pas une organisation de résistance, mais le bras armé de l'offensive islamiste planétaire dont Israël constitue la ligne de front. Il ne vise pas à l'établissement d'un État pour le peuple arabe de Palestine, il vise à la reconquête par l'islam d'un espace dont il estime être le légitime propriétaire de droit divin. Tant que les Européens n'intègreront pas ces catégories dans leur grille de lecture de ce que les Frères musulmans ont irrigué dans l'espace musulman et celui du monde arabe ils n'en comprendront pas les enjeux réels. Ils continueront à voir dans la Palestine la cause d'un Tiers-Monde désespéré là où il faudrait voir le fer d'une lance dirigée contre eux-mêmes.

Le malheur arabe est réel, le malheur palestinien est réel, mais qui en est responsable depuis plus de soixante ans? Une constante du discours arabe motivant son désir de revanche trouve ses racines dans cette humiliation tant invoquée dont les Arabes seraient les victimes. Mais de qui et de quoi sont-ils les victimes sinon prioritairement de ce que des Arabes ont fait aux Arabes? Que s'est-il passé pour que des Saddam Hussein, Bachar Assad ou Bouteflika aient pris le relais de l'émir Abdel Khader, de Nasser, de Bourguiba ou de Mohamed V? S’il y a des raisons d'être humilié, ce n'est pas dans ce que le monde arabe a fait de sa propre histoire et de son glorieux passé qu'il faut les chercher ? Qui tue qui en Syrie aujourd'hui ? Qui tuait qui en Algérie durant la décennie sanglante de la fin des années 80 ? Qui kidnappe qui au Nord du Nigéria ? Qu'est ce que ces pays gorgés de pétrole ont fait de leur fortune ? Ont-ils aidé au développement de leurs sociétés, à leur éducation ? Qui a tué qui dans le conflit Iran - Irak, au Koweït, au Soudan, au Liban ? La liste est trop longue des massacres arabo-arabes ou islamo-islamiques pour en dresser l'inventaire. En projetant sur Israël l'unique raison de leur enfermement psychique, les Arabes évitent tout travail critique sur leur propre histoire et les musulmans font l'économie de toute réflexion sur ce que l'islam est en train de devenir sous la férule islamiste.

À quelques exceptions admirables près, l'espace arabo musulman jubile dans cet enfermement. On se prête à rêver devant ce film (visible sur YouTube) montrant le colonel Nasser se moquant des Frères musulmans et leur projet de mise sous voile des femmes égyptiennes. La salle rit et applaudit son raïs et on ne peut que rétrospectivement déplorer aujourd'hui l'aveuglement d'Israël au cours des années 70, quand il avait favorisé les islamistes pour lutter contre l'OLP. C'était au temps de la Guerre froide et Nasser et l'OLP étaient dans le mauvais camp. L'effondrement des tentatives laïques (islamo-progressistes aurait dit Le Monde) des divers Baas a cédé la place devant la puissance de la révolution islamique en Iran de 1979. L'effondrement du communisme n'a pas seulement définitivement sifflé la fin de partie de l'affrontement Est-Ouest, celle du choc des blocs, elle a introduit le choc de deux projets de civilisations annoncé par Huntington: celui des islamistes, troisième grand totalitarisme du XXIe siècle et celui d'un monde libéral. « Nous adorons la mort autant que les Américains aiment la vie », énonçaient les jihadistes du 11 septembre 2001.

Le pronostic erroné de fin de l'histoire de Francis Fukuyama a fait long feu.

Peut-on négocier quoi que ce soit avec un monde qui a fait de la bombe humaine la figure héroïque de ses soldats ? Peut-on négocier avec celui qui a fait de l'éducation à la haine la vertébration de son système éducatif ? Peut-on négocier une paix avec celui qui a fait de la négation du droit de l'autre à l'existence et de sa destruction l'âme de son projet ? Cette pensée mortifère nous la voyons désormais à l'œuvre chez nous, en France et en Europe. C'est la même idéologie qui inspirait Mohamed Merah et ses clones promus héros douteux de certaines banlieues. C'est cet islam tueur autant que suicidaire qui a frappé à Londres, Madrid, New York, Paris, Bruxelles. C'est lui qui est en train de déplacer un front au nord du Mali, au Nord du Nigéria, au Tchad, au Soudan. En Égypte ce sont les chrétiens Coptes qui sont rejetés, au Liban, en Irak, ce sont les chrétiens qui sont grignotés et dans tous les cas ce sont les femmes qui sont les victimes premières des nouveaux califes. Faut-il être aveugle pour ne pas prendre conscience de cette menace globale?... Lire la suite.

 

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