Tribune
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Publié le 10 Février 2012

Un dîner où les Juifs jouent le rôle d'éclaireurs

De quoi se plaignent les juifs ? Comment ces éternels mécontents peuvent-ils oser se plaindre quand tout ce qui compte dans le monde des décideurs politico-médiatiques, vient, accourt à l’annuel dîner du CRIF ? Voilà que ces juifs qui estiment voir des ennemis partout, chez Stéphane Hessel, Roland Dumas, au Quai d’Orsay, chez les Verts, au FN, dans le 9-3, à France télévision, à France 2, dans les média, les journaux, les voilà aimés, flattés, courtisés. Voilà que les hommes politiques sont venus avec leur compagne, avec leur staff. Voilà la presse, les gens des média, les journalistes et les people en nombre. Bien sur il y a des absents, des non invités gauchistes ou d’extrême droite, mais peut être auraient ils eu envie d’en être ? Qui sait ?

On se bousculait au pavillon d’Armenonville, on piétinait dans un froid glacial avant de pouvoir entrer, on s’écrasait presque pour voir et y être vu. Ils et elles sont tous là et il serait fastidieux d’en énumérer la liste, du gouvernement et de l’opposition, côte à côte, ce qui est miraculeux en ces temps de polémiques pré électorales. Sourires lointains et saluts furtifs, gauche et droite faisaient une trêve pour saluer cette réunion annuelle des représentants des institutions juives de France. Réunir Nicolas Sarkozy et François Hollande, applaudissant ensemble le président du CRIF Richard Prasquier, voilà qui devrait donner à penser à tous les stratèges de communication politique.

 

Une sorte d’union nationale momentanée semblait s’être faite sur tous ces sujets si importants et si absents dans les débats actuels. Alors, les juifs seraient-ils paranoïaques ? Et ce dîner en serait la preuve, une sorte de démenti à toutes ces craintes infondées ? Celles que Richard Prasquier a énoncées ?

 

Et c’est ainsi que ce dîner témoigne d’un flagrant paradoxe: gestes d’amitié apparente, ostentatoire le temps d’un soir et puis réserve sinon hostilité le reste de l’année ? Faut-il estimer que la politique accorde d’une main ce qu’elle retire de l’autre ? Comment conjuguer amitié pour Israël et voter pour l’entrée de la Palestine à l’UNESCO quand l’un des représentants de la-dite Palestine voue Israël et les juifs aux flammes de l’enfer ? Comment dire son amitié au peuple juif quand simultanément certains adeptes du mieux-vivre-ensemble défilent à l’ombre de banderoles dénonçant « l’apartheid israélien » ? Comment estimer que le traitement médiatique de la complexité du conflit israélo-arabe fait preuve d’honnêteté intellectuelle alors que partout règne le prêt-à-penser accablant Israël ? Ont-ils compris cela les invités du CRIF ? Tandis de l’électroencéphalogramme du débat idéologique immédiat frôle le zéro absolu dans des medias repus de petites phrases sottes, Richard Prasquier a énoncé une liste de questions dont l’essentiel devrait constituer la matrice de l’action d’un futur Président de la République : dans la Vme République le Président pilote la politique étrangère de la nation. Il est le chef des armées, il décide de la paix ou de la guerre. Ces questions, fondamentales pour l’avenir immédiat, sont totalement absentes des enjeux électoraux actuels. Quelles sont les positions de chaque partie sur l’Iran et sa bombe à venir ? « La France ne laissera pas s’installer la menace nucléaire iranienne » déclare l’actuel Président. Soit, mais ajoute –t-il la seule solution réside dans la négociation. On aimerait le croire. Pourtant la France est intervenue militairement en Libye. Que fera la France si demain Ahmadinedjad annonce qui dispose de la bombe ? Quelle sera la position de la gauche ? Du Parti Socialiste et de ses alliés Verts ?

 

Quelle pédagogie François Hollande est-il prêt à mettre en place pour calmer les ardeurs compulsives de ses alliés écologistes dans le boycott d’Israël ? Quelle unité peut-il y avoir entre ceux dont la haine d’Israël sert de matrice intellectuelle et un socialisme hérité de Blum et Mendes-France ? Sans entrer ici dans les détails de l’analyse, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater que l’antisionisme est devenu la religion actuelle d’une grande partie des « jeunes-des-banlieues ».  Comment aborder ces questions dans les projets éducatifs des uns et des autres ? Comment faire comprendre aux « jeunes-issus-de-la-diversité » que la source de leur mal-être ne se nomme pas Israël ? Comment faire comprendre aux indignés de tous les pays qu’ils se trompent dans leur indignation car ça n’est pas Israël qui accable les peuples arabes et que la source du malheur arabe est peut-être à aller chercher dans ce que certains arabes ont fait de l’histoire des arabes ? Comment faire comprendre aux musulmans qu’il n’y a pas de conflit entre les enfants d’Abraham mais entre certains de ceux qui prétendent parler au nom de dieu ? Comment faire comprendre aux politiques  que ce qui menace Israël menace la France ? Comment faire comprendre au reste des français que ce qui menace Israël, les menace ? Comment faire comprendre aux journalistes que « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » ?  Jamais ces mots de Camus n’ont eu leur plus grande pertinence.

 

Ainsi le dîner du CRIF a-t-il permis de nommer les sujets qui fâchent, ceux dont on ne parle pas mais que tout le monde connaît. Ainsi, l’espace d’une soirée, un groupe humain, constitué dans de sombres temps où certains voulaient l’anéantir, rassemblé 60 ans plus tard autour d’une même mémoire et autour d’une même fidélité, a–t-il dit à la République un certain nombre de choses que la République s’efforce de ne pas voir, de ne pas nommer. Et c’est sans doute le grand mérite de cette rencontre que de faire jouer aux juifs ce rôle qui est le leur dans l’histoire, d’être des veilleurs, des éclaireurs pour le reste de la communauté des hommes.

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