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Publié le 30 Octobre 2015

De l'antisémitisme en France, par Éric Keslassy (*)

Pour l'auteur, un décryptage est nécessaire pour « tenter de sauvegarder ce qu'il reste de notre 'vivre ensemble'.»

Une recension de Jean-Pierre Allali
 
C'est plutôt une brochure qu'un livre, mais quel punch ! L'auteur, qui enseigne la sociologie à Sciences Po et l'économie, la sociologie et l'histoire du monde contemporain en classes préparatoires, se penche sur le phénomène du nouvel antisémitisme qui gangrène la France. On le croyait disparu, relégué aux oubliettes. 
 
Hélas, il resurgit avec une hargne décuplée, une véritable haine.
L'islamisme, sous ses formes les plus barbares, avec le soutien de certains milieux d'extrême gauche, a pris le relais de l'extrême droite « discréditée par les années de la collaboration et les excès nationalistes de quelques guerriers de la décolonisation ».
 
Pour Éric Keslassy, un décryptage est nécessaire pour « tenter de sauvegarder ce qu'il reste de notre 'vivre ensemble' .»
 
Chiffres et statistiques à l'appui, l'auteur analyse l'évolution, entre 1998 et 2014 des actes antisémites commis en France et, parallèlement, entre 1990 et 2015, l'exode vers Israël des Juifs français. « Les Français de confession juive savent maintenant qu'ils peuvent se faire tuer en faisant leurs courses dans une supérette casher avant Chabbath. Mais s'ils sont plus enclins à se laisser tenter par le départ, c'est aussi parce qu'ils ont le sentiment que l'antisémitisme s'est désormais banalisé, que l'on peut y adhérer-à l'image des milliers de spectateurs qui continuent à se rendre aux spectacles de Dieudonné- et surtout qu'il ne fait plus autant réagir qu'avant. »
 
En se référant à des enquêtes, comme celle du CEVIPOF, Éric Keslassy note que « le niveau des préjugés antisémites est plus élevé chez les musulmans que dans le reste de la population française. » Il rappelle le statut de dhimmis imposé aux Juifs en terre d'islam, les retombées du décret Crémieux, l'attrait des thèses hitlériennes pour certains leaders du monde arabe, notamment au sein des Frères musulmans. 
 
Tout en ayant la précaution d'affirmer qu'il « convient de ne pas tomber dans une vision univoque des Musulmans religieux en France qui pourrait servir à discréditer une minorité qui est déjà trop souvent montrée du doigt à cause des agissements de quelques-uns », l'auteur n'hésite pas à rappeler le massacre des Juifs de la tribu des Qurayza en 627 à Médine et à relever dans le Coran un certains nombre de versets pour le moins problématiques. Comme le dit Abdelwahab Meddeb : « L'islamisme est, certes, la maladie de l'Islam, mais les germes sont dans le texte même. »
 
Cet « antisémitisme qui provient d'une partie des Musulmans de France » ne peut pas faire oublier que l'extrême-droite incarnée par Jean-Marie Le Pen est toujours là et, à l'autre bout de l'échiquier politique, l'extrême gauche dont certains dirigeants et militants, en appliquant une grille de lecture marxiste au conflit israélo-palestinien, en viennent à « nazifier Israël ».
 
« Le tableau est sombre, très sombre » conclue l'auteur. Très intéressant.
 
(*) Notes de l'Institut Diderot. Avant-propos de Dominique Lecourt. Septembre 2015. 48 pages. Hors Commerce. www.institutdiderot.fr/@InstitutDiderot
 
CRIF

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