A lire, à voir, à écouter
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Publié le 11 Mars 2013

On ira voir la tour Eiffel, de Pierre Fréha (*)

 

Il y a quelques années, Pierre Fréha nous avait offert un roman truculent « Vieil Alger, Histoires » qui narrait les aventures d'une famille juive, vers 1450, en Algérie, les Cazès (1). Son nouveau livre fait un bond en avant de plusieurs siècles et se situe, en 1962, alors que l'Algérie a obtenu son indépendance. 

 

Pour nous replonger dans cette époque douloureuse où des milliers de Juifs ont été amenés à quitter leur terre natale, l'auteur a choisi un récit choral à quatre mains ou, plutôt, à quatre voix. Tandis que leurs parents Bernard et Carmen Chamak sont restés en Algérie dans l'espoir fou de vendre quelques meubles et de louer leur appartement, leurs quatre enfants sont hébergés à Paris chez des cousins. Tour à tour, Suzanne, 18 ans, Colette, 16 ans, Julien, 11 ans et Xavier, 8 ans, racontent de manière intime, leur quotidien, du 5 juillet au 26 décembre 1962.

 

On découvre une famille déchirée ou personne n'aime personne ou presque, chacun, avec ses espérances propres, jouant sa propre partition. Suzanne, étudiante en propédeutique, très marquée à gauche, favorable à l'indépendance de son pays natal, ne rêve que d'y retourner, notamment pour y retrouver son amoureux arabe, Mouloud. Une relation, qui, lorsqu'elle sera révélée, scandalisera toute la famille, les Chamak, les Salama et les autres. En attendant, Suzanne goûte aux amours homosexuelles, histoire de voir un peu ce que l'avenir lui réserve. Colette, elle, ne cherche qu'à s'intégrer, à devenir une Française à part entière, au prix d'une conversion au catholicisme, s'il le fallait.

 

Julien, dit Juju, obsédé par les bandes dessinées de Bob Morane et de l'Ombre Jaune, passe son temps à jalouser et à critiquer son jeune frère. Quant à Xavier, alias Xav, il n'a pas de très bonnes fréquentations et passe son temps libre à chaparder dans une grande surface et à avoir des relations douteuses avec son ami, Manuel, qui l'initie à la « culade ». Une sombre histoire de diamants volés par un oncle au temps de l'Occupation achève de nous dégoûter de cette famille vraiment peu sympathique.

 

Fort heureusement, la grande majorité des milliers de familles juives venues d'Algérie qui se sont installées en France ou en Israël, ont réussi leur reconversion dans la bonne entente et ont conservé, contre vents et marées, les traditions ancestrales.

 

Reste un roman agréable à lire et une famille « terrible » à découvrir.

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Orizons. Octobre 2012. 238 pages. 21 euros.

(1) Éditions Orizons, 2009. Voir notre recension dans la Newsletter du 29-06-2010.

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