Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - En collaboration, par Émile Brami

11 Décembre 2019 | 100 vue(s)
Catégorie(s) :
Antisémitisme
Il y a 11 ans, un jeune juif du nom dIIlan Halimi, était enlevé, torturé et assassiné.

Billet d'humeur par Marc Knobel

Pour la énième fois l'ONU s'apprête à voter le financement d'une liste noire d'entreprises internationales opérant dans les territoires contestés.

Seront ainsi montrées du doigt les sociétés se trouvant à Jerusalem, sur les hauteurs du Golan et en Judée -Samarie.

" Le guide du parfait boycotteur antisémite" sera ainsi financé par l'ONU.

Un pas de plus sera franchi !

 

En 2005, le fait religieux envahissait peu à peu et dans la confrontation, les cours de récréation. L’agitation religieuse commençait à provoquer des dégâts dont nous payons le prix lourd aujourd’hui.

FOR JERUSALEM NO VOICE MUST MISS
FOR JERUSALEM NONE OF US CAN REMAIN SILENT

POUR JERUSALEM PAS UNE VOIX NE DOIT MANQUER
POUR JERUSALEM AUCUN D’ENTRE NOUS NE PEUT SE TAIRE
 

 

Cette période de fêtes juives en France, rime aujourd'hui avec contrôles de sécurtié et détecteurs de métaux

Je suis intervenu aux deux conférences internationales sur l’antisémitisme organisées la semaine dernière à Paris.

Le boycott des produits israéliens (nous) glace le sang.

Mensonges, haine et illégalité.

La fête de l’Humanité, où artistes, politiques et public se pressent, a accueilli une fois de plus un stand appelant à la haine d’Israël.

Dimanche 11 septembre 2016, j'étais l'invité de l'émission "30 minutes pour convaincre".

Dans la newsletter du CRIF du 5 septembre 2016, nous reproduisions une information  faisant état de la publication d’un rapport, publié le 1er septembre 2016 et préparé par l'Association Voices for Human Rights et l'Institut Touro (Touro Institute on Human Rights and the Holocaust).

Vouloir profiter de l'actuelle polémique pour assimiler les arrêtés anti-burkini à la Saint-Barthélemy et à la Shoah, c'est tomber dans l'indigne et le nauséabond 

Pages

En collaboration, par Émile Brami (*)

Juif originaire de Souk-El-Arba, en Tunisie, Émile Brami, qui, par ailleurs, anime une librairie-galerie à Paris, « D’un livre l’autre », est, sans conteste, l’un des écrivains français contemporains les plus remarquables. En témoignent les nombreux prix qu’il a reçus dont le prix Palissy du premier roman pour Histoire de la poupée en 2001 et le prix Méditerranée en 2007 pour Le manteau de la Vierge. C’est aussi, et cela lui a été souvent reproché, l’un des grands spécialistes de l’œuvre de Céline. Dans une interview qu’il m’avait accordée pour Information Juive, il faisait une distinction, pour ce qui est des écrivains juifs de Tunisie entre les tenants de la nostalgie et les amoureux du verbe : « Il y a deux catégories de narrateurs : les spécialistes du souvenir qu’ils magnifient le plus souvent et ceux qui optent pour un processus d’écriture et de fiction. Je fais partie de ces derniers car la survivance passe à mon sens par cette façon de faire » (1).

Dans son nouveau roman, à travers les pérégrinations de l’inspecteur Joseph Laborieux, c’est l’univers glauque du milieu de la collaboration qu’il nous décrit.

Abandonné à sa naissance le 1er mai 1897, Joseph Laborieux a été recueilli par un chiffonnier. Après avoir connu l’orphelinat, puis l’école primaire, il a été mis en apprentissage chez un menuisier. Mobilisé, il fera la Guerre de 14-18 avant de se lancer dans la carrière de flic. « Hirondelle » de commissariat, il gravit tous les échelons jusqu’à être nommé inspecteur. Une véritable vocation et, surtout, une obsession : retrouver le mystérieux assassin des Orphées. Entre le 7 mars 1926 et le 23 mars 1944, dix-neuf assassinats. Tous de la même veine. Des jeunes femmes vierges, « entre quatorze et dix-huit ans, grandes, minces, blondes, belles, les cheveux longs, les yeux bleus : des corps toujours abandonnés au bord de l’eau une longue robe de lin blanc cassé enveloppant comme un linceul le cadavre nu ; un drap de soie vert et des pétales de roses ; l’entaille mortelle de l’artère fémorale gauche ; la longue immersion… » Et un billet avec des mots se référant à Hamlet et à Rimbaud. Un meurtrier en série, sans aucun doute.

Policier toujours aux ordres, « obéissant, zélé, disponible », faisant équipe avec son collègue Antonin Verjus, il n’hésitera pas, aux heures sombres de l’Occupation allemande, à traquer des Juifs puisque des ordres lui étaient donnés dans ce sens : « Nous avons contribué à faire prendre des centaines de Juifs et démantelé une quinzaine de réseaux terroristes ». Mais, contrairement à son collègue Verjus, qui avait assuré ses arrières, en pratiquant le double-jeu, Laborieux, naïf, sera arrêté, jugé et condamné à mort.

Lorsque la défaite allemande se dessine, Laborieux, comme de nombreux autres Français, quitte discrètement la France pour Sigmaringen, « gros bourg du Wurtemberg, berceau de la dynastie des Hohenzollern, devenu, par la volonté de Hitler, une enclave française en territoire allemand »,  en passant par Baden-Baden, « Bains-Bains », « Bin-Bin ». Sigmaringen « la cour des Borgia », où un pseudo-gouvernement français en exil s’est installé sous la présidence de Fernand de Brinon. « Sigmaringen ? Une communauté réduite aux caquets »

L’auteur nous brosse des portraits sans fards des figures de la collaboration. Pierre Laval, Léon Degrelle, Joseph Darnand, Jean Luchaire, alias « Jean Louche Herr », Robert Brasillach, Maurice Bardèche, Pierre Drieu-La-Rochelle, Lucien Rebatet, un trouillard de première, que sa femme, Véronique, une Roumaine, appelle « Louchienne », les chroniqueurs de Je suis partout et d’Au Pilori. Tous pleins de vénération pour le vieux maréchal Pétain, « Le Connétable du déclin » et pour Jacques Doriot, chef du PPF, « Hitler débraillé à lunettes et bretelles, gros Führer gaulois sans petite moustache »

C’est la rencontre de Laborieux avec le docteur Destouches, Louis-Ferdinand Céline, alias Ferdine qui va être amené à l’examiner et à le soigner, qui est de loin la plus intéressante du récit, Céline, « l’auteur de Voyage au bout de la nuit et du scandaleux Mort à crédit et dont les derniers livres s’attaquaient violemment aux Juifs… »

Émile Brami attribue à Céline ces mots sur Laval : « Bicot ! Avec sa mèche d’ébène, il ne lui manque que le fez crasseux… » et, plus loin, sur le Führer : « Hitler ? Un mage pour le Wurtemberg… »

À Sigmaringen, la presse collaborationniste déverse son venin. Les idées les plus folles et les plus racistes circulent : « Les youpins débarrasseraient le plancher : expulsés du pays, ils iraient se mélanger aux bamboulas de Madagascar ou s’étriper avec des bicots baiseurs de chèvres pour quelques arpents de désert en Palestine… »

Tandis que la France libérée organise les procès des collabos, que Georges Suarez et Robert Brasillach sont exécutés, on apprend que la voiture de Jacques Doriot a été mitraillée à Mengen par des avions américains ou anglais voire allemands. Des pages très intéressantes sont consacrées aux funérailles du chef du PPF. « La mort de Doriot marqua la fin de l’imposture Sigmaringen ». Plus tard, Laval, Brinon, Darnand, Luchaire, Hérold-Paquis, Bucard et bien d’autres seront fusillés. Comme on le sait, Pétain, condamné à mort, sera gracié par le général de Gaulle.

Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, écopèrent eux-aussi de la peine de mort. « Pendant le procès, Cousteau assuma ses actes et se comporta avec dignité, tandis que Rebatet se montra d’une veulerie répugnante…Après un exil de sept ans au Danemark, Louis-Ferdinand Céline avait été condamné à deux ans de prison, à la saisie de ses biens et amnistié quelques mois plus tard à la suite d’un tour de passe-passe juridique de son avocat… »

Pour l’inspecteur Laborieux, la série des Orphées se poursuit en Allemagne avec la découverte du corps de Gilberte Baudry, ce qui limite le champ d’investigation.

Arrêté le 16 août 1945, l’inspecteur, comme on l’a dit, est traduit en justice et condamné à mort. Après 4 ans d’emprisonnement à Poissy, il se retrouve au pénitencier d’Eysses. Il est libéré le 2 octobre 1953. Il a 56 ans et une seule obsession : reprendre le dossier des Orphées. D’autant plus qu’un nouveau meurtre a lieu en juin 1957. En tout, 32 victimes !

La vérité finira par se faire jour. Émile Brami n’hésite pas à citer Céline à ce propos : « La vérité de ce monde, c’est la mort ».

Intéressant, ce roman nous permet de découvrir des épisodes peu connus de l’Histoire. 

 

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions Écriture. Octobre 2019. 256  pages. 18 €.

(1) Information Juive. Février-Mars 2018.

 

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