Lu dans la presse
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Publié le 16 Septembre 2019

Discriminations - Marlène Schiappa et Frédéric Potier : "L'antiracisme ne se découpe pas en tranches"

Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, et Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) appellent à combattre tous les racismes et à défendre "la communauté nationale". Frédéric Potier sera l'un des intervenants de la prochaine Convention nationale du Crif. Il participera notamment à une table-rond sur le thème "L'antisémitisme, une haine comme les autres ?".

Tribune de Marlène Schiappa et Frédéric Potier, publiée le 14 septembre dans Le JDD

"#NotMyAriel : quel combat derrière ce hashtag mystérieux utilisé par des millions de personnes? Tout simplement le refus de voir ce personnage Disney, la petite sirène Ariel, interprété par une actrice noire… "Pas conforme à la vérité du personnage", clament-ils! Au pays imaginaire, on accepte sans broncher qu'une femme soit dotée d'une queue de poisson à la place des jambes, pas qu'elle soit noire. Loin d'être anecdotique, cet exemple laisse entrevoir une montée du racisme extrêmement préoccupante.

Des discriminations profondes, structurelles, excluent et privent de ses droits une partie de la population à raison de son origine ou de la couleur de sa peau. En France, chaque jour, des citoyens voient commenter leur CV d'un "Moi je suis pas raciste, mais les clients…", ou entendent le fameux "Désolé, c'est complet" à l'entrée d'un restaurant dont les tables dressées restent pourtant immaculées. La mémoire joue dans ce cadre un rôle essentiel. Le racisme en France s'est en effet construit sur une vision étriquée du récit national.

Qui connaît les noms de Jean-Baptiste Belley, du sous-lieutenant Koudoukou ou du gouverneur Félix Eboué? Avec le président de la République, nous demandons aux maires qu'ils fassent vivre leur mémoire "par le nom de nos rues et de nos places". Mais nous rappelons aussi une évidence : le racisme d'État ne sévit pas aujourd'hui en France – pas de lois discriminantes comme sous l'apartheid, le régime de Vichy ou l'empire colonial.

Fléau structurel quand il s'inscrit dans l'Histoire et les structures sociales, le racisme peut aussi prendre la forme de la haine et du refus de l'autre, et nul n'en est préservé par nature. Il peut tout aussi bien s'exprimer à l'encontre de personnes blanches. L'auteur d'un clip aux paroles insoutenables (Pendez les Blancs) a ainsi été condamné par la justice. Mais ne nous trompons pas de combat, ce racisme très marginal n'engendre pas de discriminations massives à l'encontre des personnes blanches.

"Chaque expression raciste repose sur des stéréotypes spécifiques et il faut tous les combattre."

Plus important encore, il ne justifie rien, n'excuse rien. Ni les cris de singe dans les stades, ni les odieuses injures dont ont pu être victimes Sibeth Ndiaye, Laetitia Avia ou Christiane Taubira : deux racismes ne s'annulent pas l'un l'autre, la haine s'additionne! Pour dénoncer ces fléaux, nous avons créé la brigade anti-discriminations, permettant de mieux faire connaître les droits et les initiatives associatives. Sur le terrain, la Dilcrah soutient chaque année plus de 850 actions au plus près du terrain.

Chaque expression raciste repose sur des stéréotypes spécifiques et il faut tous les combattre. C'est que nous faisons par exemple à travers un comité local de suivi de la délinquance dirigée contre les personnes d'origine asiatique pour répondre à une problématique bien identifiée. Les haines et les discriminations ne se hiérarchisent pas ; toutes doivent être combattues avec la même force. Toute discrimination est un coup de canif dans le pacte républicain. Le piège du communautarisme nous est tendu par ceux qui sont trop heureux de voir les antiracistes s'entre-déchirer. Certains cherchent à découper la France en tranches, à essentialiser les débats, à diviser pour nous faire oublier qu'il n'existe qu'une seule communauté : la communauté nationale. Les valeurs de la République exigent de nous une solidarité absolue les uns avec les autres. Parce que la France est forte et belle de toutes ses couleurs, puissante quand elle est unie. Et indivisible."

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