Lu dans la presse
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Publié le 5 Décembre 2019

France/Antisémitisme - Des bénévoles "veilleurs de mémoire" dans les cimetières juifs

Devant la recrudescence des profanations, les conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont mis en place des rondes de bénévoles.

Publié le 4 décembre dans Le Figaro

Comment mettre fin aux profanations de cimetières israélites ? Comment combattre l’antisémitisme ? Depuis des années, cette question taraude les élus alsaciens. Car il y a déjà eu des atteintes à des sépultures juives par le passé, avant même la profanation du cimetière juif de Sarre-Union en 2015 et la dégradation de 250 tombes, qui a marqué les esprits. Les coupables, des lycéens mineurs à l’époque des faits, avaient été retrouvés. Ils ont écopé de peines de prison avec sursis et de travaux d’intérêt général. Mais le cimetière n’a toujours pas été remis en état…

Devant la recrudescence des profanations et autres actes haineux au cours des derniers mois, le conseil départemental du Haut-Rhin, en juin, puis celui du Bas-Rhin, début novembre, ont mis en place des «veilleurs de mémoire dans les cimetières juifs» de la région. Une vingtaine de bénévoles font des rondes régulières dans les cimetières. Aucun, pour l’heure, n’est juif. Il y a même un pasteur dans le nord de l’Alsace. Professeur de religion au collège de Soultz, Lionel Godmet, 47 ans, fait partie de la vingtaine de volontaires haut-rhinois. «On surveille, on est là pour signaler quelque chose d’anormal aux gendarmes», indique-t-il. Il est en charge du cimetière de Jungholtz, près de Guebwiller, l’un des plus grands sites israélites d’Alsace. Conscient des limites de sa mission face à des individus organisés, il la met en relation avec son rôle éducatif. Après la profanation de Quatzenheim, en février 2019, il avait «demandé à ses élèves d’inscrire des messages de fraternité sur des galets». Et ces pierres avaient été déposées sur les tombes juives de Jungholtz…

Voyages à Auschwitz

«Il faut inventer quelque chose pour mettre fin à ces agissements», estime aussi Laurence Jost-Lienhard. Maire de Bosselshausen, dans le nord-ouest de l’Alsace, la jeune femme est professeur d’histoire au lycée Adrien-Zeller de Bouxwiller. Avec une classe de terminale, elle a travaillé sur l’histoire de l’établissement pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses élèves ont découvert fortuitement qu’un ancien professeur de lettres, Maurice Bloch, a été déporté à Auschwitz. Plusieurs élèves - et leurs familles - ont connu le même sort. Les lycéens en ont fait un film, Kaddish pour un prof, présenté jeudi dernier. Avec les dons, ils veulent financer des Stolpersteine, ces pierres de la mémoire installées devant les maisons où les familles juives vivaient.

Depuis plus de dix ans, la région Alsace et, depuis sa création, le Grand Est proposent chaque année des voyages à Auschwitz à plusieurs classes de lycéens, sélectionnées sur la base d’un projet, en liaison avec le Mémorial pour la Shoah. La région organise aussi chaque année le Mois de l’Autre.

Quant aux deux départements, ils financent des sorties de collégiens au Mémorial d’Alsace-Moselle, à Schirmeck, et au Centre du déporté-résistant du Struthof, seul camp de concentration sur le territoire français. Néanmoins, pour Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin, «il est urgent qu’on arrête les profanateurs». «Pour savoir contre quoi on lutte…»

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