Tribune
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Publié le 9 Juillet 2013

Les événements en Égypte et la réaction de l’UOIF

Par Marc Knobel

 

Des événements graves se déroulent actuellement en Égypte et une guerre civile n’est pas exclue, les Frères musulmans continuant de considérer la destitution de Mohamed Morsi comme « illégale ». En France, l’Union des Organisation Islamiques de France qui se classe dans la sphère intellectuelle des Frères Musulmans, vient de réagir.

Dans un communiqué publié sur son site Internet le 3 juillet 2013 (1), l’UOIF se dit « affligée par ce bouleversement dangereux en Égypte ». L’UOIF « condamne fermement le coup d’État qui vient de s’y produire » et « espère que l’Égypte ne fasse pas marche arrière ». « L’UOIF appelle le peuple égyptien, tous les partis politiques et forces vives du pays à faire preuve de responsabilité face à cette épreuve et à éviter le pire des scénarios, à savoir une guerre civile et le retour de la dictature ».  L’UOIF va cependant beaucoup plus loin puisqu’elle demande expressément au « gouvernement, aux partis politiques et aux représentations parlementaires français de mettre tout en œuvre pour que la liberté et la démocratie prévalent sur les intérêts personnels et militaires en Égypte ».

 

Rappelons que l'UOIF a été créée en 1983 par des émules de deux formations islamistes. D'un côté, des amis de Rachid Ghannouchi, créateur du groupe islamiste tunisien Ennadha et disciple des Frères musulmans. De l'autre, des admirateurs de Fayçal Mawlawi. Justement, sur le plan idéologique, l’UOIF est inspirée par les idées du cheikh Faycal Mawlawi (2) (ancien) Secrétaire général de la Jamaa Islamiya (3), l’une des principales mouvances islamistes (et terroristes) du Liban, bras droit de Youssouf al Qaradâwî au Conseil Européen de Fatwa et de la Recherche basée en Grande Bretagne. L’UOIF est également inspirée par le théoricien égyptien Youssef al Qaradâwî (4), de l'Union Internationale des Savants Musulmans (oulémas), membre de la confrérie des frères musulmans ainsi que du Conseil européen pour la Recherche et la Fatwa. L’UOIF est donc proche des Frères musulmans. Par ailleurs, l’UOIF partage le projet panislamique des Frères musulmans. (5) Exemple ? Dans un document intitulé « Critique pour une organisation musulmane », l'UOIF dénonce les « hérétiques » qui rejettent Ibn Taymiyya, Mohamed ibn Abdelwahab, Sayyid Qotb et Youssef al-Qaradâwî. Ces quatre théoriciens, qui constituent leurs seules références théologiques, comptent parmi les plus radicaux de l'islam fondamentaliste (6). Les deux derniers sont des Frères musulmans. Mais la preuve ultime vient des Frères musulmans eux-mêmes. Lorsqu'on demande aux Frères égyptiens: "Qui sont vos représentants en Europe?", ils répondent: "Le Conseil européen de la fatwa." Le Conseil est une fondation musulmane privée dont le siège se situe à Dublin, en Irlande. Il a vu le jour les 29 et 30 mars 1997 à l’initiative de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE). Composé de membres cooptés dont les deux tiers résident en Europe, il est dirigé par le Qatariote d’origine égyptienne Youssef al-Qaradâwî (7).

 

Rappelons enfin que le 3 janvier 2013, Mohamed Morsi avait rencontré au Caire le Secrétaire général de l’UOIF, Ahmed Jaballah. (8)

 

Notes :

1. http://www.uoif-online.com/v3/spip.php?article1505

2. Voir par exemple sur le site de l’UOIF, le compte rendu d’un de ses livres, considéré comme un « livre référence », Simplification des règles des actes cultuels par le Cheikh Fayçal Mawlawi : http://www.uoif-online.com/v3/spip.php?article1267

3. Voir aussi : http://oumma.com/Deces-du-Cheikh-Faycal-Mawlawi

4. Voir à ce sujet http://www.crif.org/fr/tribune/de-quoi-fr%C3%A9mir/37920

5. Selon l’un de ses cadres Ahmed Djaballah, le premier stade du travail de l’UOIF se fera suivant la démocratie, le second sera l’instauration d’une société islamique ; cité par Mohamed Sifaoui, La France malade de l'islamisme, Le Cherche Midi, Paris, 2002, p. 49-50.

6. Voir à ce sujet Fiammetta Venner, OPA sur l’Islam de France, les ambitions de l’UOIF, Paris, Calmann-Lévy, 2005, 247 pages.

7. Fiammetta Venner, L’Express, 2 mai 2005.

8. Agence de presse du Qatar, 1er mars 2013.

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