Richard Prasquier

Ancien Président du CRIF

Le billet de Richard Prasquier - Après une résolution de l'ONU

30 Octobre 2023 | 182 vue(s)
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Israël

Chronique de Bruno Halioua, diffusée sur Radio J, lundi 12 février à 9h20.

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Opinion

Mardi 16 juillet 2024, s'est tenue la cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France, commémorant la rafle du Vél d'Hiv organisée par le Crif en collaboration avec le Ministère des Armées. Cette année, à l'approche des Jeux Olympiques, la cérémonie s'est tenue au Mémorial de la Shoah. À cette occasion, le Président du Crif a prononcé un discours fort et engagé, dans un contexte national et international difficile.

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Le 27 octobre, 121 Nations ont approuvé à l’Assemblée générale de l’ONU une résolution jordanienne réclamant un cessez-le-feu immédiat et prolongé à Gaza, un passage humanitaire d’aliments, d’eau et de carburant et la libération de tous les civils.

Pas un mot de condamnation du Hamas dans cette résolution. La France l’a cependant votée, ainsi qu’une minorité de pays de l’Union européenne (Espagne, Irlande, Belgique, Luxembourg, Malte et Slovénie…), malgré les fortes paroles qu’avait prononcées le Président Macron sur les crimes commis par cette organisation. 

Nouvelle et caricaturale manifestation du « en-même- temps » macronien, œillères anti-israéliennes du Quai d’Orsay ou gage accordé aux Qataris dans une négociation en coulisses sur la libération des otages de nationalité française ?

L’Assemblée générale de l’ONU, deux ans avant le cinquantenaire de sa honteuse résolution assimilant le sionisme à un racisme, vient de confirmer que ses votes ne doivent pas être pris au sérieux. 

 

La situation des habitants de Gaza est objectivement terrible, mais Israël en est-il le seul responsable ?

En ce qui concerne les carences en eau, il y a longtemps que des spécialistes soulignent que sa très mauvaise qualité est liée au fait que du matériel de pompage et de canalisation financé et même délivré par l’Union européenne a été détourné par le Hamas pour être réemployé dans la fabrication d’armes. Quant au carburant, dont une partie provenait d’Israël et était livrée à perte, puisque l’Autorité palestinienne n’honorait pas les factures, il a été massivement dérouté par le Hamas pour ses besoins militaires.

En ce qui concerne les civils, Israël regroupe leurs coordonnées, bloc d’immeubles par bloc d’immeubles, les prévient qu’il y aura un bombardement et leur demande de quitter leur local. Aucun pays dans aucune guerre ne s’est donné autant de mal pour réduire l’ampleur des pertes civiles, malheureusement inéluctables. Certes, les déplacements occasionnent des drames humains, populations démunies fuyant vers le sud de l’enclave, exode habituel des situations de guerre. 200 000 Israéliens aussi ont dû abandonner leurs habitations dans des conditions incomparablement meilleures, mais néanmoins très difficiles. Les pertes civiles annoncées sont élevées et les observateurs en sont réduits à reprendre les chiffres donnés par le Hamas qui, entre autres, mélange civils et militaires. En Israël, par contraste, les pertes civiles sont minimes mais on oublie que sans le Dôme de fer il y aurait des ravages dans la population israélienne ciblée systématiquement par l’organisation palestinienne. Les Ukrainiens, dont le soutien a été impeccable dans ce drame, ont compris pourquoi Israël ne pouvait pas leur livrer le Dôme de fer, dont ils avaient un besoin vital.

En tout cas, assimiler des départs préventifs à un processus d’épuration ethnique comme on l’entend couramment, c’est préférer voir les civils être tués sous les bombardements. C’est exactement le choix du Hamas qui empêche ces départs, espérant que les morts exacerberont la colère mondiale contre Israël…

 

La boucle est aujourd’hui bouclée, les monstruosités commises le 7 octobre sur instructions du Hamas s’effacent de la mémoire, leur réalité même est parfois mise en doute alors que les preuves proviennent des témoignages visuels exhibés par les assassins eux-mêmes. « Business as usual » pour la communauté des bonnes âmes israélophobes. Ceux qui ne vacillent pas devant la propagande savent que le crime de ce jour-là, qui correspondrait proportionnellement à l’assassinat de 40 000 Américains ou 12 000 Français dans des conditions souvent horribles, n’est pas ceux qu’il est possible de pardonner en un revers de main et qu’il n’a rien, mais vraiment rien à voir avec les « crimes que commettent tous les jours la soldatesque et les colons israéliens à l’encontre des Palestiniens » suivant une formule répétée ad nauseam

Ce crime n’a pas été une réaction à l’occupation des terres palestiniennes, comme cela a été abondamment répété dans les discours de soutien à la honteuse motion de l’Assemblée générale de l’ONU. À croire d’ailleurs que certains orateurs ignoraient que Gaza n’est plus occupée par les Israéliens depuis près de vingt ans…

Prétendre aujourd’hui qu’un accord sur la base de deux États indépendants est « la » solution magique qui amènerait la paix en un tournemain est une pathétique illusion ou une perfide hypocrisie. Beaucoup de ces Israéliens qui furent assassinés, brûlés, violés, découpés et décapités dans les villages ou dans la « rave de la paix » étaient justement d’actifs militants de la paix et des partisans déterminés de l’amitié israélo-palestinienne.

Les assassins le savaient car beaucoup de gazaouis travaillaient paisiblement dans ces villages. Leurs crimes ne sont donc nullement des excès, repréhensibles mais compréhensibles, d’une population poussée à bout, comme le prétendent certains, soucieux du « contexte » et réticents à les appeler actes de terreur. Ces actes sont en fait des préliminaires génocidaires, fruits d’une idéologie suivant laquelle les Juifs n’ont pas le droit de vivre sur cette terre. Le peuple juif a déjà connu une idéologie de ce type…

 

À ce niveau de drame, la lucidité est pénible, mais le déni est coupable. Le Hamas n’est pas un mouvement politique avec lequel des accords sont possibles : c’est apparemment l’évolution qu’avait espérée le gouvernement israélien et on voit les conséquences de cette illusion. Le Hamas est un mouvement religieux fanatique et totalitaire qui terrorise ses adversaires, tient en otage sa population et décervelle sa jeunesse. Son combat, celui des Frères Musulmans, dont il n’est qu’une succursale particulièrement brutale, ne se limite pas à l’élimination physique de l’ennemi sioniste. Il a en point de mire l’Occident chrétien qu’il veut faire entrer dans le « Dar al Islam », comme l’écrit sa charte et comme vient de le rappeler en pleine guerre de Gaza, un de ses fondateurs, Mahmoud Zokhar. 

 

Aujourd’hui, un cessez-le-feu « prolongé » qui laisserait le Hamas en place, l’installerait comme le parangon de la lutte armée contre l’« humiliation » des Musulmans et en ferait le héros auprès des masses musulmanes de la « résistance » contre le sionisme, l’américanisme, l’impérialisme et l’Occident croisé. Vouloir un tel cessez-le-feu, c’est ressembler aux pacifistes angéliques d’un apaisement avec les nazis.

Cette guerre est terrible. Le drame des otages lui donne une coloration pathétique et la politique du pire constamment pratiquée par le Hamas à l’encontre de sa propre population laisse présager un drame humanitaire de grande ampleur. Cette guerre n’est pas due au refus par les Israéliens de compromis territoriaux. C’est pour ce pays une guerre existentielle et pour les démocraties ouvertes et tolérantes le signal d’alerte d’une guerre de civilisation qui menace leur très proche avenir.

Cette guerre a généré en Israël une réaction d’unité de la population et une détermination en face desquelles les tentations munichoises de certains citoyens de ces démocraties font bien triste figure…

 

 

Richard Prasquier, Président d’honneur du Crif

 

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