Richard Prasquier

Ancien Président du CRIF

Le billet de Richard Prasquier : Des élections sous le prisme de l’antisémitisme

27 Juin 2024 | 135 vue(s)
Catégorie(s) :
France

Mardi 16 juillet 2024, s'est tenue la cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France, commémorant la rafle du Vél d'Hiv organisée par le Crif en collaboration avec le Ministère des Armées. Cette année, à l'approche des Jeux Olympiques, la cérémonie s'est tenue au Mémorial de la Shoah. À cette occasion, le Président du Crif a prononcé un discours fort et engagé, dans un contexte national et international difficile.

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Mardi 16 juillet 2024, s'est tenue la cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France, commémorant la rafle du Vél d'Hiv organisée par le Crif en collaboration avec le Ministère des Armées. Cette année, à l'approche des Jeux Olympiques, la cérémonie s'est tenue au Mémorial de la Shoah. À cette occasion, le Président du Crif a prononcé un discours fort et engagé, dans un contexte national et international difficile.

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Ces journées d’avant le vote ont été marquées par le viol le 15 juin par des garçons de son âge, d’une petite fille juive de 12 ans à Courbevoie. Il suffit de lire le témoignage des parents de l’enfant pour comprendre l’antisémitisme en France. Elle se sentait tellement mise à l’écart du fait de son judaisme qu’elle avait prétendu qu’elle était musulmane, la découverte du mensonge aurait été la cause du viol.

On sait l’augmentation de la violence chez les très jeunes et les carences de notre système judiciaire et éducatif à cet égard. Mais il n’est pas sûr qu’on pose une autre question : ces garçons ont-ils déjà été imprégnés par le discours islamiste, tel qu’il a été mis en pratique par le Hamas le 7 octobre, suivant lequel une femme koufar autrement dit non-musulmane et considérée comme ennemie, est un objet de viol parfaitement légitime ? Rappelons-nous le calvaire des femmes yézidies aux mains de Daech.

Dans un communiqué une semaine après, les dirigeants du Nouveau Front populaire (NFP) décrivent ce viol comme une abomination et ne manquent pas de dénoncer « une odieuse campagne de diffamation menée par une macronie en déroute ». Mais La France insoumise (LFI) n’a pas voulu signer la charte contre l’antisémitisme proposée par Raphaël Glucksmann.

Deux de ses membres avaient donné leur avis sur le viol de Courbevoie. Aymeric Caron trouvait qu’on en parlait trop alors qu’en février on n’avait pas réagi à l’assassinat d’une jeune femme Rom. Il oublie que lui-même n’avait rien dit à l’époque.

Sans commentaires…

Mais Jean-Luc Mélenchon aussi s’est exprimé. Lui qui avait prétendu que l’antisémitisme était « résiduel » en France se dit « horrifié » et dénonce même l’antisémitisme.

Donc tout va bien…

Mais lisons mieux, car chez Mélenchon chaque mot compte.

D’abord, il fustige le « conditionnement des comportements masculins criminels dès le jeune âge », clin d’oeil assez ridicule pour le féminisme woke.

Ensuite au lieu d’antisémitisme, il écrit « racisme antisémite ». Or l’antisémitisme des violeurs n’est pas un antisémitisme raciste. Les convertis d’origine européenne, comme semble l’être au moins un des garçons, sont bien acceptés dans l’Islam radical et sont souvent au premier rang en matière d’extrémisme.

Pourquoi alors le mot « racisme » accolé à antisémite ? Pour prétendre que l’antisémitisme n’est qu’une forme de racisme. Or le racisme a toujours été d’extrême droite.

Mais il n’en est pas de même de l’antisémitisme. Olivier Faure qui le déclarait a reçu un zéro pointé de la part du grand historien Michel Winock. De Toussenel et Proudhon à Maurice Thorez qui parlait des doigts crochus de Léon Blum, l’antisémitisme de gauche a en France une longue histoire.

Quant au communiqué commun du Nouveau Front populaire il reprend la triade devenue classique : racisme, antisémitisme, islamophobie. Autre escroquerie intellectuelle, car l’Islam est une religion et la critique des religions est une liberté garantie dans la loi de séparation de l’Église et de l’État. 

Il faut mesurer les conséquences de cette démission de la laïcité. Lorsque une candidate LFI prétend qu’on ne doit pas critiquer un musulman qui s’en prend aux homosexuels par obéissance à une injonction religieuse, on voit les conclusions à en tirer pour les Juifs.

Comme le caillou antisémite ne sort pas de la chaussure du Nouveau Front populaire même s’il y a dans ses rangs une majorité de militants irréprochables, un récent article distingue deux types d’antisémitisme. L’un est ontologique, celui de l’extrême droite. L’autre, celui de gauche, n’est que contextuel, donc moins grave.

En suivant ce raisonnement hallucinant, il faudrait excuser René Bousquet qui, préfet radical socialiste, n’avait prononcé avant guerre aucune parole antisémite et a eu à Vichy le comportement « contextuel » que l’on sait, mais blâmer la Juste polonaise Sofia Kossak Szucka, écrivain antisémite d’extrême droite, qui a fondé Zegota, une organisation dédiée au sauvetage des Juifs.

Sans commentaires non plus…

Des électeurs juifs veulent voter dès le premier tour pour le Rassemblement National (RN).

Ils sont exaspérés par les injonctions condescendantes et hostiles envers Israël. Ils constatent l’impuissance face à l’antisémitisme et la résignation face à l’islamisme et écoutent les promesses du Rassemblement National.

Je comprends ces électeurs, mais je pense qu’ils ont tort.

On est loin des plaisanteries abjectes du père, mais toutes les études montrent que le racisme et l’antisémitisme restent élevés chez les militants du RN.

Or le sionisme fondateur de Herzl, issu des Lumières et dont je me revendique, est consubstantiellement attaché à la notion d’égalité intrinsèque entre les êtres humains. C’est le cadre des partis de l’arc républicain classique. Ils ont toujours défendu ces valeurs qui m’importent.

Quelles que soient nos déceptions et nos colères devant les complaisances et l’aveuglement que nous constatons parfois, nous ne devons pas nous mettre à la remorque d’un parti d’où les relents xénophobes et antisémites ne sont pas encore extirpés. Ce qui n’empêche pas de saluer son évolution, dont témoigne l’impeccable tribune de Marine Le Pen dans Le Figaro, où elle prend des engagements forts sur l’antisémitisme et la mémoire de la Shoah.

Des sondages montrent que le RN pourrait obtenir la majorité absolue.

Outre mon scepticisme sur le programme économique du Rassemblement National, je tire une raison supplémentaire de ne pas voter pour lui d’une hypothèse sur les objectifs réels de Mélenchon.

Il sait qu’il ne deviendra pas chef du gouvernement à l’issue du scrutin.

De fait, la seule place qui l’intéresse vraiment, c’est la première mais il sait aussi qu’il n’y arrivera pas par une procédure régulière tant il a généré d’hostilité à son encontre. Son meilleur allié, c’est le chaos.

Pour cela, il tirerait bénéfice d’une majorité absolue du Rassemblement National.

Un gouvernement mis en place dans une atmosphère exceptionnellement tendue, l’inexpérience des dirigeants, l’échec économique prévisible, les mesures impopulaires prises en réaction, tout serait en place pour une explosion sociale. Dans cette situation, Mélenchon pense que son parti, parce qu’il compte des militants déterminés et qu’il peut mieux mobiliser des masses humaines que les autres, prendrait le pouvoir. Il reste au fond un lambertiste, admirateur de Lenine, qui a mis en pratique le concept du groupe d’avant garde de révolutionnaires professionnels.

Les institutions de la cinquième république seraient abolies et il pourrait enfin enfiler le costume de Chavez, son héros.

La meilleure façon d’éviter cette évolution dramatique et d’éviter un face à face destructeur, c’est de renforcer les partis  modérés. Ce doit être notre objectif dimanche prochain.

 

Richard Prasquier, Président d’honneur du Crif

 

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