Richard Prasquier

Ancien Président du CRIF

Blog du Crif - Pass sanitaire, pass nazitaire. Bêtise ou problème de civilisation?

21 Juillet 2021 | 161 vue(s)
Catégorie(s) :
France

Ma réaction après l'annonce du report du vote de l'Assemblée nationale pour l'adoption de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA. L'Assemblée nationale a également annoncé qu'avant d'être examinée, la proposition de résolution serait réécrite.

Découvrez ma lecture du livre de Ginette Kolinka, "Retour à Birkenau".

Dans cette éditorial, je m'exprime sur la décision du parquet de Paris de s'opposer à l'incarcération d'Alain Soral. Une décision que je juge inacceptable.

Bienvenue sur le blog La Chronique (pas tès casher) de Raphaela ! Sur ce blog, Raphaela vous propose ses billets d'humeur sur tout ce qui l'entoure, l'émeut, la touche, la fait rire et la révolte. Et elle a des choses à vous dire...

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Actualité

Francis Kalifat a bien connu Robert Castel, durant les dernières années de sa vie. Ce fut une très belle rencontre, il garde en mémoire de beaux souvenirs. Francis Kalifat était présent à son enterrement. 

Laura Melul est l'auteur du blog culinaire L'arène des papilles. Écoutant son coeur et sa passion pour la cuisine, Laura a choisi d’opérer une reconversion professionnelle, après 13 ans dans la finance de marché. Découvrez quelques-unes de ces savoureuses recettes à l'occasion des fêtes !

Le 30 novembre, l’État d’Israël et les communautés juives du monde entier commémorent la Journée dédiée au souvenir de l'expulsion des Juifs des pays arabes et de l’Iran. A cette occasion, nous vous proposons la lecture de ce texte de Jean-Pierre Allali, vice-président de la JJAC (Justice for Jews from Arab Countries).

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Opinion

Pour connaître le destin du Livre noir et de ses auteurs, je vous invite à découvrir le documentaire intitulé « Vie et Destin du Livre noir. La destruction des Juifs d’URSS ». Diffusé le dimanche 13 décembre à 22h40, sur France 5. Puis en replay pendant 30 jours sur Francetv.fr

Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires ! 

Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires ! 

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Dans une manifestation contre le pass sanitaire on pouvait lire: « Prochaine étape, la rafle des non-vaccinés ». Le crétin qui arborait cette pancarte savait-il que le lendemain aurait lieu la cérémonie  en hommage aux victimes des rafles du Vel d’Hiv ? Connaissait-il le destin de ceux qui furent raflés et imaginait-il que son sort à lui pourrait être analogue ? A-t-il été surpris, ou honteux, ou narquois devant l’indignation de Joseph Schwartz, qui, montrant une feuille représentant une étoile jaune marquée de la mention « sans vaccin » a dit, que l’étoile jaune, lui, il  savait ce que c’était, car il l’avait dans la chair ?

Il est inutile, ici, de souligner la différence entre étoile jaune et pass sanitaire. Pass sanitaire, pass nazitaire: pour le plaisir de la rime, on invente un mot et on écrit une ignominie.

Est-ce que cela prouve, comme certains le disent, que l’enseignement de la Shoah a été défaillant ? Je ne crois pas. 

Je pense que le problème est plus profond. Comparer le pass sanitaire à l’étoile jaune, c’est s’engager dans des « faits alternatifs ». La conseillère de Trump qui avait lancé l’expression pour justifier un mensonge sur le public présent à la cérémonie d’investiture entérinait une pratique déjà décrite par George Orwell dans son maître-livre, 1984. Sous la caution  des philosophes post-modernistes, la réalité virtuelle, l’accès généralisé à des informations non contextualisées et l’entre-soi des réseaux sociaux ont légitimé  les fantasmes complotistes et abouti à la notion de post-vérité. Au siècle dernier, les mensonges étaient collectifs, publicitaires ou idéologiques, mais prétendaient refléter une vérité qualifiée de scientifique. Aujourd’hui, c’est la notion même de vérité qui a explosé. Ce qui est vrai, c’est ce qui m’apporte du sens ou qui m’est utile, à moi ou au groupe dont je me revendique.

Dans ce cadre, la comparaison abjecte avec l’étoile jaune charrie une signification plus complexe.

Si la Shoah reste le crime qui permet d’étalonner les dangers que l’on court soi-même, elle ne sert qu’à obtenir un statut de victime et revendiquer la liberté, une liberté pervertie car dissociée de toute responsabilité. Quant à la référence  au nazisme, ce que le philosophe Leo Strauss a appelé la « reductio ad Hitlerum », c’est un procédé utilisé  pour disqualifier I’adversaire, dont le Président Macron est aujourd’hui la cible. En outre, en creusant un peu, on décèle aussi une jalousie envers ces Juifs qui ont si bien utilisé -j’allais dire monnayé- leur statut de victimes, et par voie de conséquences une relativisation de la Shoah, qui, justement parce qu’on peut la comparer à une situation actuelle, n’aurait pas été l’horreur unique que l’on prétend.

La boucle alors se referme. Les propagandistes anti-israéliens ont compris que parler du « génocide » des Palestiniens permettait de marteler que leur sort était épouvantable, mais aussi de suggérer que les Juifs  exagéraient les crimes de  la Shoah à des fins utilitaires, et de renverser leur privilège mémoriel insupportable. Le «pass nazitaire», du seul fait que l’on se permet de l’évoquer, porte atteinte à l’histoire de la Shoah, au même titre que le « Gazacauste » qui assimile 220 morts pour la plupart combattants et six millions de victimes et permet de transformer les Israéliens en nazis tout en minimisant subrepticement les crimes des nazis à l’égard des Juifs.

Mais il y a plus : ceux qui comparent l’étoile jaune au pass sanitaire dynamitent aussi la langue car les mots perdent leur sens dans de telles analogies.

Il y a des gens pour les excuser « Oui, c’est ainsi que l’on parle aujourd’hui, par hyperbole, par exagération, ce n’est pas grave… ». Ce sont les arguments allégués par leurs avocats à propos des tweets monstrueux des harceleurs de Mila.

Apprendre à l’école  que le langage sert à échanger, à débattre et à raisonner et pas à éructer, insulter et mélanger. C’est un difficile programme, mais c’est un enjeu de civilisation. Est-il encore temps ?

Richard Prasquier